Marie Owens Thomsen: "Le risque principal du bitcoin est le régulateur"

mardi, 05.12.2017

L'AGEFI a posé dix questions à ses contributeurs sur le bitcoin afin d'offrir une véritable plateforme d’échange d’avis contradictoires pour se faire une meilleure idée de la nature du potentiel de la cryptomonnaie.

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen.

Le cours du bitcoin s'est récemment envolé au-dessus de 11.000 dollars après avoir vu sa valeur multipliée par dix en moins d'un an, suscitant un intérêt des investisseurs mais aussi un risque de bulle croissant. A l'instar de son adoption prochaine par le Chicago Mercantile Exchange (CME) et le Nasdaq, le bitcoin est destiné à s'installer dans le paysage financier et sa récente flambée n'est qu'un soubresaut propre à toute technologie novatrice, affirment plusieurs spécialistes de la monnaie virtuelle.

Marie Owens Thomsen est une macro-économiste des marchés financiers qui possède une vaste expérience des salles de marchés des banques d'investissement ainsi que de l'environnement bancaire privé.

Jusqu'où le cours du bitcoin vis-à-vis du dollar peut-il encore monter selon vous?

Nous n’avons pas d’objectif mais comme il n’y a pas de lien avec des fondamentaux macro-économiques spécifiques, il est quasiment impossible de raisonner en valeur fondamentale. L’effet de rareté, étant donné que le nombre maximal de bitcoins et fixe, plaide en sa faveur. Sinon, le prix est essentiellement déterminé par le sentiment des investisseurs – sans limite vers le haut ou vers le bas.
Cette hausse doit-elle forcément se terminer de manière brutale, par l'éclatement d'une bulle (ou le potentiel de hausse du bitcoin est-il infini)?

Il n’existe pas forcément de «terminus», tous les actifs subissent des hauts et des bas sur la durée. Par contre, bitcoin est plus volatil que bien d’autres actifs, et il n’y a pas de raison de penser que cette volatilité va diminuer.

Les investisseurs institutionnels vont-ils oui ou non adhérer au bitcoin? Pour quelles raisons? Si oui, à quels propos? Bitcoin en tant qu'investissement, ou plutôt comme monnaie de transaction?

Les investisseurs vont adhérer en fonction de leur tolérance aux risques. Le risque principal est le régulateur. Les gouvernements/régulateurs peuvent à tout moment arrêter le marché en interdisant ou limitant les plateformes traitant le bitcoin, idem concernant les lieux autorisés à accepter le bitcoin comme moyen de paiement, le gouvernement peut taxer les transactions et/ou la possession de bitcoin, etc. Cela est donc un risque très important et complètement binaire, rendant l’actif approprié seulement pour ceux ou celles prêts à accepter le risque de tout perdre.

Le bitcoin est également un actif illiquide. Les coûts de transactions sont élevés, les fourchettes de cotation sont importantes et encore les bourses sont encore peu nombreuses. Ces caractéristiques contribuent à la volatilité du prix.  

Considérez-vous que le bitcoin s'appuie sur des fondements solides, ou qu'il est au contraire purement spéculatif?

Non, il n’y a pas de fondements solides au sens où il existe un rapport entre la macro-économie d’un pays et les devises courantes dont les cours reflètent la performance relative des économies. La valeur du bitcoin dépend du sentiment des investisseurs et de l’utilité perçue par les investisseurs par sa possession. Rien n’est jamais purement spéculatif car il y a toujours une notion d’utilité – sinon il n’y aurait pas de transaction. Par contre, le bitcoin est très volatil, pour les raisons décrites ci-dessus.

Quelle est l'interprétation que vous donnez au fait que la quantité de bitcoin core est limitée? Est-il correct de parler d'une monnaie?

La quantité limitée est un point fort en sa faveur. Oui, c’est une monnaie dans le sens de «moyen d’échange». Dans le sens «mesure de valeur» c’est plus compliqué en raison de sa volatilité, et idem pour la fonction «épargne», ces deux étant habituellement associés avec les monnaies.

Quelle est l'attitude que les banquiers centraux devraient adopter vis-à-vis du bitcoin, selon vous?

L’aspect concernant le blanchiment de l’argent est perturbant pour le régulateur, ainsi que la menace de cyber-attaques qui touche toutes les cryptomonnaies, et ce dans la mesure où le régulateur a un devoir de protéger les marchés financiers et les consommateurs. Il y a également la question des outils de la politique monétaire, dont la masse monétaire et la valeur externe de la devise du pays, qui se voient dilués si les gens réalisent leurs échanges par d’autres biais. Mais les banques centrales font déjà face à ce type de réalités et le principe de la règlementation doit être de « rendre possible », tout en protégeant les consommateurs contre des abus – voilà l’attitude que je  préconiserais.


L'Etat et/ou les autorités de surveillances devraient-ils intervenir pour protéger les investisseurs en bitcoin?

Oui, dans le sens général – les autorités doivent œuvrer en faveur de marchés financiers sûrs, tout en laissant le champ le plus large possible en ce qui concerne l’offre et la demande de services financiers.

Les autres cryptomonnaies sont-elles plus ou moins dignes de confiance que le bitcoin?

C’est une question d’image de marque, et le bitcoin pourrait souffrir de ses connotation avec des transactions douteuses. Dans tous les cas, la concurrence va se durcir, et il est difficile de savoir qui sera dominant déjà maintenant – nous sommes dans une phase comparable à la phase dotcom dans ce sens – certaines cryptomonnaies vont perdurer, d’autres vont disparaître.

Les monnaies numériques vont-elles remplacer à terme les monnaies traditionnelles?

J’ai tendance à penser que non, en fonction de la définition de « remplacer ». Le fait qu’une grande partie de paiements se font aujourd’hui sans cash est déjà une manière à remplacer les monnaies traditionnelles. Donc il faut séparer « moyen de paiement » de la devise d’un pays. La devise peut perdurer, et les moyens de paiement peuvent en même temps se multiplier.

L’avenir du bitcoin en 10 questions

En raison de la volatilité de bitcoin (USD 9'267.5 à 15h15, 30.11.2017…), il peut être d’avantage intéressant de se tourner vers des sociétés qui utilise la technologie du blockchain en stratégie d’investissement alternative. Le blockchain n’est pas un sujet à risque du régulateur et son avenir semble d’avantage assuré.

*Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management.

Et vous qu’en pensez-vous ? 

Considérez-vous que le bitcoin s’appuie sur des fondements solides ou qu’il est au contraire purement spéculatif?

Nous souhaiterions connaître votre avis et vous faire réagir pour notre nouvelle chronique qui se veut un observatoire «Agefi bitcoin crowd-survey». Sa vocation est d’offrir une véritable plateforme d’échange d’avis contradictoires au sujet du bitcoin. Les contributions régulières sur cet observatoire visent à permettre aux lecteurs d’avoir un véritable suivi de l’actualité bitcoin, et de se faire une idée de sa nature et de son potentiel.

Nous avons préparé un petit questionnaire. Pouvez-vous prendre un peu de temps pour y répondre ?


 

 
 

 
 

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