L’abstinence n’est pas une vertu

lundi, 02.09.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Ils n’ont que trop fleuris les blogs qui prônaient de boycotter la Fête des Vignerons, car celle-ci célèbrerait une substance toxique: le vin.

Tout d’abord il s’agit de fêter un métier, pas son produit. Ensuite cette honorable corporation n’a pas à être vilipendée parce qu’elle produirait un poison.

Cette thèse, très courante, ne résiste pas aux faits: en pratique les pays producteurs et consommateurs de vin ou d’autres boissons alcooliques n’en souffrent pas dans leur espérance de vie. Bien au contraire, les pays abstinents n’en tirent aucun bénéfice.

Champions du monde de l’espérance de vie

Comparons les données connues. Parmi les dix pays champions mondiaux de l’espérance de vie, quatre sont producteurs et gros consommateurs de vin, dans l’ordre: en deuxième position mondiale après le Japon, la Suisse avec 11,5 l. équivalent d’alcool pur; en 5, l’Espagne avec 10 l.; en 7, l’Italie avec 7.5 l.; en 9, la France avec 10, 7 l. Pour ces pays, l’espérance de vie à la naissance se situe entre 82 et 83 ans.

Très loin dans le classement il y a: en position 59, l’Algérie avec 0.9 l.; en 64, la Tunisie avec 1.9 l.; en 79 la championne de la prohibition, l’Arabie Saoudite avec 0.2 l. Leur espérance de vie se situe aux alentours de 75 ans.

En d’autres mots, les pays consommateurs de vin jouissent de 7 années d’espérance de vie supplémentaire.

La définition du vin n’est pas l’ivresse

Cela ne signifie pas que le vin en soi soit un facteur de santé, mais qu’il nuit bien moins qu’on le prétend. Cela ne signifie pas qu’il ne se trouve pas des alcooliques, qui meurent prématurément, mais qu’en moyenne pour un pays la consommation de vin est un facteur positif.

Bien entendu, il y a d’autres facteurs comme la qualité du système de soin, la joie de vivre, la convivialité, la détente psychologique. Mais le bilan global est clair. Cela signifie que la définition du vin n’est pas l’ivresse. Cela signifie qu’une éducation au goût est importante pour la santé physique et mentale. L’usage du vin n’est pas l’abus. L’authentique vertu de tempérance n’est pas réductrice à l’abstinence.

Les abstentionnistes de la Fête des Vignerons cèdent à une illusion courante dans une foule de domaine: la privation de tout serait une vertu.

Il faudrait se passer de sel, de sucre, de viande. Il vaut même mieux s’abstenir de relations sexuelles. Tout plaisir est suspect et se paie par des maladies, des malédictions, une mort prématurée.

Pratiquer plutôt la tempérance

Tout compte fait, dans la réalité de la vie de tous les jours, l’abstinence de quoi que ce soit n’est pas une vertu, elle constitue le risque du vice.

On se prémunit de celui-ci en pratiquant la tempérance, qui est l’exigeante vertu du juste milieu: user de tous les plaisirs sans en abuser, vivre sans exagérer, maîtriser ses pulsions. Et si l’on n’est vraiment pas capable de se contrôler, cela ne justifie en rien que l’on fasse la morale aux autres.

* Professeur honoraire de l'EPFL






 
 

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