La zone euro: grande perdante des tensions sino-américaines

lundi, 08.10.2018

Mathilde Lemoine*

Mathilde Lemoine

Non seulement le président américain a réussi à imposer son agenda international mais il est parvenu à un nouvel accord commercial avec le Mexique et le Canada. Quant à l’Union européenne et au Japon, ils se sont engagés à accroître leurs importations américaines pour éviter une hausse des droits de douane sur leurs ventes de voitures aux Etats-Unis. Par ailleurs, la Chine est en train de se rendre compte que l’ambition de Donald Trump est plus large que la seule réduction du déficit commercial. Xi Jinping est donc contraint à accroître le soutien aux entreprises chinoises pour éviter un repli économique. L’Union européenne n’est pas organisée pour riposter à de telles politiques nationalistes et a donc beaucoup à perdre dans la bataille sino-américaine pour le leadership mondial.

Avant de se lancer dans la guerre commerciale, les républicains ont décidé d’améliorer la compétitivité des entreprises américaines en votant des baisses d’impôts importantes et en les conditionnant, en partie, à l’investissement. Les premiers résultats sont là. Selon nos calculs, les impôts des entreprises ont déjà baissé de 125 milliards de dollars début 2018, ce qui a amélioré leur compétitivité. Parallèlement, la Chine a renforcé le soutien à ses entreprises. L’Autorité chinoise de régulation des banques et des assurances a demandé aux institutions financières d’augmenter la part de leurs prêts afin d’aider les emprunteurs ainsi que les importateurs et exportateurs traversant des difficultés temporaires. De plus, le ministère des finances chinois vient de déclarer que les gouvernements locaux allaient émettre près de 200 milliards d’euros d’obligations pour financer des projets d’infrastructure. En conséquence, les politiques budgétaires menées tant aux Etats-Unis qu’en Chine engendrent des distorsions de concurrence vis-à-vis des entreprises exportatrices européennes, mais aussi des entreprises domestiques européennes qui voient arriver de nouveaux concurrents sur leur territoire.

Certes les Européens ont renforcé leurs mesures antidumping et augmenté leurs droits de douane sur les importations de certains produits américains, mais ils restent démunis face au caractère nationaliste des politiques américaines et chinoises. L’Union européenne n’est pas organisée pour riposter. D’une part, le mandat de la Commission pour négocier la politique commerciale ne permet pas de répondre à la stratégie de division menée par les Américains puisque la spécialisation des Etats membres est telle que les intérêts commerciaux des uns sont souvent opposés à ceux des autres.

D’autre part, il est difficile pour la Commission européenne de définir une position extérieure de négociation pour certains secteurs, en particulier les exportations de services car il n’existe pas de règles communes au sein de l’Europe. Ainsi, l’Union européenne est absente des discussions visant à ouvrir certains services chinois aux entreprises étrangères. Enfin, la compétitivité de la zone euro s’est encore fortement dégradée depuis 2015.

L’Union européenne pourrait donc être la grande perdante de la bataille économique engagée par la Chine et les Etats-Unis qui se traduit déjà par une amélioration de la compétitivité des entreprises américaines et chinoises et par une reconfiguration des flux de commerce en faveur des Etats-Unis et de l’Asie.

* Group chief economist, Edmond de Rothschild






 
 

AGEFI



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