L’instrument de choix face aux turbulences

dimanche, 27.01.2019

La volatilité de la seconde moitié de l’année 2018 n’a pratiquement pas atténué l’intérêt des investisseurs pour les exchange-traded funds (ETF).

Levi-Sergio Mutemba

Selon les chiffres d’ETFGI publiés la semaine dernière, la valeur des actifs gérés par les produits et fonds indiciels cotés (ETF et ETP) dans le monde a baissé pour la première fois depuis 2008, année de la Grande crise financière. Ce qui n’est pas surprenant, compte tenu de l’ampleur des pertes des principaux indices boursiers durant le mois de décembre. Toutefois, cela n’a en rien atténué l’intérêt des investisseurs pour ce type d’instrument financier. Côté offre, promoteurs, émetteurs, distributeurs, banques d’investissement pourraient aussi être intéressés par les récents changements de la réglementation en Europe.
Selon le dernier rapport du consultant et fournisseur britannique d’informations financières précité, les actifs gérés par les ETF et les ETP s’élevaient à fin décembre 2018 à 4790 milliards de dollars. C’est 5,28% de moins qu’en novembre. «Le stress de marché de fin d’année a été largement attribué aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, dont les effets se font sentir dans les indicateurs économiques, et à la probabilité croissante que les responsables politiques pourraient ne pas se montrer aussi accommodants que prévu», explique Deborah Fuhr, managing partner et cofondatrice d’ETFGI.
Par région, les États-Unis enregistrent la plus forte baisse des actifs gérés (-5,59% en décembre), dont le total s’élevait à 3390 milliards de dollars à fin décembre, tandis qu’en Europe la baisse est moins marquée (-3,22%). Il convient toutefois de souligner qu’en dépit de la forte volatilité des marchés durant la seconde moitié de l’année, le mois de décembre s’est soldé par des afflux nets de capitaux dans les ETP et ETF cotés sur les marchés développés.
Globalement, d’après ETFGI, les entrées de 76,24 milliards de dollars enregistrées le mois dernier sont les plus importantes depuis que ce type de produit existe, juste après le mois de janvier 2018 (+$105,7 milliards). Soit 59 mois consécutif d’afflux nets. Aux États-Unis, les afflux nets ont atteint 51,4 milliards de dollars et 3,93 milliards en Europe, où le Vieux Continent enregistre son 51e mois consécutif d’apports nets de capitaux.
Les chiffres recueillis par Lipper, spécialiste global de l’information financière pour l’industrie des fonds de placement, font dire à son analyste Detlef Glow que «les ETF se sont une fois de plus avérés comme les instruments de choix pour les investisseurs, même en périodes de turbulence». Et ce, «en dépit d’afflux nets moins élevés qu’en 2017», ajoute l’expert. Qui attire également l’attention sur un phénomène intéressant qui se développe actuellement sur le marché européen.

MIFID 2: un facteur positif pour le marché européen

En effet, suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation MIFID 2 entourant les ETF, au début de l’année 2018, leurs émetteurs et promoteurs sont tenus d’inclure les rapports d’activités relatifs aux transactions de gré-à-gré (OTC). Ce qui a eu pour conséquence, explique Detlef Glow, de multiplier par quatre le volume réel de négoce d’ETF en Europe l’an dernier. Volume qui atteint environ 2000 milliards d’euros.
«Ceci veut dire que le volume de trading correspond à plus de trois fois la valeur des actifs gérés par l’industrie européenne des ETF, qui était de 632 milliards d’euros à fin décembre 2018», précise l’analyste de Lipper. Celui-ci ajoute que même si les périodes de forte volatilité, telle que celle du mois de décembre, tend à accroître le volume de transactions, ce facteur n’aurait eu qu’un impact limité.
«Bien que nous constations déjà un fort intérêt de la part de promoteurs, fournisseurs de services, plateformes d’échanges et banques d’investissement n’étant pas encore présents sur le marché européen des ETF, la nouvelle transparence liée au volume de négoce OTC a accentué davantage encore cet intérêt», estime Detlef Glow.
Pour qui l’année 2019 pourrait être caractérisée par de nouveaux entrants en Europe. Ces nouveaux acteurs «ne seront pas seulement intéressés par l’acquisition de nouveaux clients mais également par la perspective de pouvoir offrir de nouveaux services à la part de leurs clients existants n’ayant pas encore investi dans les ETF», conclut l’analyste de Lipper Alpha.






 
 

AGEFI



...