Recyclage: payer avec des consignes à Istanbul!

dimanche, 09.12.2018

La Turquie veut valoriser ses déchets. Elle teste dans trois stations de métro la possibilité de recharger la carte de transport avec des bouteilles vides.

Fulya Ozerkan

Dans trois stations de métro d'Istanbul, il est désormais possible de recharger sa carte de transport avec des bouteilles de plastique usagées. (Keystone)

Debout devant un distributeur dans la station de métro Sishane à Istanbul, Tülay Gerçek s'apprête à recharger sa carte de transport. Scène banale, à un détail près: au lieu de billets de banque, elle insère des bouteilles en plastique dans la machine.

Chaque bouteille en plastique ou canette placée dans cette machine rapporte à Mme Gerçek quelques centimes de crédit sur sa carte de transport. C'est un projet de la municipalité d'Istanbul pour favoriser le recyclage.

"Tous les jours, j'en emporte avec moi. Avant, je les jetais à la poubelle", glisse Mme Gerçek en plongeant la main dans son cabas rempli de bouteilles vides. "C'est vraiment une très bonne initiative. Ce serait bien qu'il y en ait plus!" Ces machines ont pour l'instant été déployées dans trois stations de métro de la capitale économique de Turquie, mais la mairie espère en installer d'autres bientôt.

Douze minutes

Dans un pays où la gestion des déchets laisse à désirer et où les défenseurs de l'environnement tirent la sonnette d'alarme depuis des années, les autorités prennent de plus en plus conscience de l'urgence à changer les mauvaises habitudes. Elles s'efforcent désormais de sensibiliser la population au recyclage.

Mais la tâche est immense: avec un score de 52,96 pour l'année 2018, la Turquie pointe à la 108e place sur 180 dans l'Index de performance environnementale (EPI), créé par les universités américaines de Yale et Columbia. Selon Oya Güzel, de la fondation turque Occupe-toi de tes déchets (Copüne Sahip Cik), seulement 11% des 31 millions de tonnes de déchets que la Turquie produit chaque année sont recyclés.

La durée de vie d'un sac plastique est de 12 minutes en moyenne, déplore-t-elle. "Notre objectif est d'atteindre un taux de recyclage de 35% d'ici cinq ans. Ce n'est pas beaucoup, mais nous sommes convaincus que nous pouvons faire des progrès" dans ce laps de temps, ajoute-t-elle.

440 par personne par an

En Turquie, les questions environnementales ne sont pas centrales dans le débat public et occupent une place négligeable lors des élections. Malgré tout, le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan, souvent associé aux méga-projets d'infrastructures peu soucieux de l'environnement, semble s'emparer de la question.

Le ministre turc de l'Environnement, Murat Kurum, a ainsi annoncé en novembre que les sacs plastiques deviendraient payants à partir de janvier 2019, une mesure déjà en vigueur dans plusieurs pays européens. Chaque Turc utilise en moyenne 440 sacs plastiques par an, a indiqué M. Kurum, ajoutant que l'objectif était de diviser ce nombre par 10 d'ici 2025.

Les déchets, une manne

Dans un centre de tri près d'Istanbul, des employés récupèrent ce qui peut encore servir: les déchets organiques sont mis de côté pour être transformés en un fertilisant qui sera utilisé dans les jardins publics. Le verre, le plastique et les métaux seront recyclés.

Ce travail de tri serait toutefois plus efficace si les particuliers triaient les déchets avant de les jeter, souligne Ibrahim Halil Türkeri, responsable du recyclage à la mairie d'Istanbul. "Des déchets plus propres seraient traités par nos centres et ils feraient des matériaux recyclés de meilleure qualité", souligne-t-il. "Les particuliers ont une grande responsabilité."

Et le jeu en vaut la chandelle, tant le potentiel de ces déchets est énorme, relève Ahmet Hamdi Zembil, ingénieur à l'ISTAC, une entreprise de gestion des déchets à Istanbul qui produit de l'électricité à partir du gaz produit par les déchets organiques brûlés. "Nous avons traité sept millions de tonnes de déchets l'an dernier et produit 400 millions de kWh d'électricité", dit-il.

Mais là encore, cela n'est possible que si les déchets organiques sont séparés des déchets synthétiques, une tâche qui serait simplifiée par le tri. Or il faudra du temps pour que le tri devienne un réflexe dans un pays où les habitants déposent souvent pêle-mêle leurs déchets sur un coin de trottoir.

Un début

De retour dans la station de métro Sishane, Mme Gerçek pousse un soupir en voyant qu'une bouteille en plastique ne lui a rapporté que trois centimes de livre turque de crédit sur sa carte de transport. Pour atteindre les 2,6 livres turques que lui coûte un trajet, il lui faudrait donc insérer encore 86 bouteilles. "Bon... c'est quand même un début", relativise-t-elle. "Je pense que le système va s'améliorer". (awp)






 
 

AGEFI



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