Miser sur la patience dans un contexte d’investissement volatile

mercredi, 19.09.2018

La tendance est à la chasse au rendement. Les investisseurs devraient plutôt gager sur les rendements voulus à long terme.

Paul Price*

La pression à la performance que subissent les investisseurs institutionnels est indéniable, et l’environnement actuel marqué par la faiblesse des taux d’intérêt les incite à adopter un comportement de chasse au rendement plutôt qu’à se concentrer sur les rendements voulus à long terme. C’est tout un secteur qui a basculé dans le court-termisme, avec des comparatifs de performance trimestriels et des cycles d’embauche et de licenciement plus courts, plutôt que de viser une véritable perspective à long terme. C’est ainsi que l’on donne maintenant la priorité à des gestionnaires performants à un moment donné plutôt que sur la durée, et donc à des gagnants pouvant rapidement se transformer en perdants. 

Selon une étude de Sunil Wahal et Amit Goyal publiée il y a 10 ans il serait plus sage et judicieux de conserver les gestionnaires en place sur de plus longues périodes que le cycle habituel de deux à trois ans. En effet, les coûts de transfert se cumulent: recrutement de consultants, recherche de gestionnaires, trading et passation de témoin. Malgré les répercussions négatives sur les performances et les coûts, les promoteurs de régimes de retraite subissent les pressions excessives de tiers extérieurs ou d’une vision à court terme qui les amènent à licencier leurs gestionnaires.

Bien entendu, un gestionnaire alignant constamment de piètres performances mérite d’être congédié. Mais toutefois, les décisions d’embauche et de licenciement devraient reposer sur d’autres facteurs que les performances à court terme.

Erreur critique dans la gestion active 

Les investisseurs doivent insister sur ce qui a motivé l’embauche du gestionnaire et sur la mission qui lui est confiée. Il est crucial de maintenir un gestionnaire en place pendant les cycles haussiers et baissiers. Le marché connaît des cycles changeants et les stratégies d’investissement gagnent et perdent alternativement la faveur ou ne conviennent tout simplement pas à un environnement de marché spécifique. L’alpha est cyclique également et les idées d’un gestionnaire, ses thèmes et ses convictions peuvent prendre un certain temps à porter leurs fruits. 

Une dérive du processus de placement est probablement l’un des principaux signaux d’alerte, souvent négligé, car c’est une évolution difficile à repérer. La gestion de capacité, et le manque de discipline en la matière, constitue également une erreur critique dans le secteur de la gestion active; le fait d’avoir trop d’actifs en gestion risque d’empêcher le gestionnaire de mettre en œuvre sa philosophie de façon cohérente et agile. 

Il convient de faire la distinction entre le court-terme et un cycle de marché complet, que l’on mesure généralement entre deux pics ou deux creux. Les marchés sont irrationnels à court terme, mais rationnels dans le temps. 

L’embauche d’un gestionnaire actif doit s’inscrire dans le contexte d’un cycle de marché complet. Ses compétences et ses convictions s’expriment au mieux via une part active importante, une forte concentration et de longues périodes d’immobilisation, de façon à générer de la valeur sur les marchés volatils. Pour créer de la valeur à long terme, il faut savoir exploiter l’inefficience des marchés, opérer une sélection active des titres et prendre délibérément des risques. 

Les gestionnaires actifs ont vu leurs performances baisser en raison de l’intervention des banques centrales, qui a créé un marché haussier où les actions ont semblé évoluer à l’unisson. Mais avec la fin de l’assouplissement quantitatif (QE), le vent commence à tourner en faveur des gestionnaires actifs adeptes d’une faible corrélation avec les marchés boursiers. 

Ce premier semestre montre toute l’importance des compétences d’un gestionnaire actif dans une stratégie intelligente de gestion de portefeuille. Bloomberg a révélé que 122% du rendement total de près de 3% des valeurs de l’indice S&P 500 à la fin juin sont attribuables à seulement 10 actions. En dehors des actions du secteur technologique et de quelques segments de consommation, le marché serait dans le rouge. 

Les compétences d’un gestionnaire actif peuvent faire une énorme différence dans un contexte marqué par ce type de volatilité. Il est peut-être temps de mettre cette discipline à l’épreuve maintenant que la volatilité fait son retour sur le marché.

*Global Head of Sales, Morgan Stanley Investment Management






 
 

AGEFI



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