La déconnexion logique des marchés boursiers

mardi, 07.07.2020

La surpondération en actions semble justifiée au stade post-crise, phase souvent associée à des rendements à deux chiffres.

Emmanuel Ferry*

Emmanuel Ferry

Ce qui s’apparente à une ­dé-­connexion entre sphère ­fi-nancière et sphère réelle n’est rien d’autre que la fonction des marchés qui est d’anticiper les sorties de crise.

Les actions mondiales affichent au deuxième trimestre leur plus forte hausse depuis 2009 (+18%) après leur plus forte baisse depuis 2008 (-21% au premier trimestre 2020). 

Le retracement est allé bien au-delà d’un bear market rally traditionnel, sous l’effet d’une reflation massive, d’une normalisation économique et d’une baisse rapide du nombre de cas d’infection au Covid-19.

De nombreux commentaires se focalisent sur le décalage apparent entre la performance des marchés financiers et la situation économique. Ces décalages sont d’autant plus extrêmes lorsqu’ils coïncident avec des points d’inflexion majeurs. C’est ce qui semble se dessiner, avec la concomitance entre la pire récession de l’histoire et le plus fort rebond de l’histoire financière moderne sur 50 jours pour le S&P500. Le marché est rémunéré pour anticiper et il se positionne déjà sur la sortie de crise. 

Le caractère technique de la récession d’une part, le pilotage efficace des policy-makers (Etats, Banques centrales, organismes multilatéraux) d’autre part, font que la thèse du point d’inflexion est incontournable. 

Les investisseurs ont raison de se focaliser sur «l’autre versant de la vallée», car la récession a été décidée par les Etats, tout comme la réouverture des économies. A ce jour, on dénombre depuis le début de l’année plus de 100 baisses de taux directeurs dans le monde. 

La taille des bilans des banques centrales du G10 a dépassé le seuil de 20 trillions de dollars, avec une réponse deux fois plus forte qu’en 2008. Quant aux Etats, c’est une stimulation budgétaire au sens large de près de 10 trillions de dollars. Un tel déluge de liquidités est susceptible de forcer les marchés financiers à reprendre leur tendance d’avant crise. C’est un risque de l’ignorer.

L’hypothèse du renouveau du cycle était sur la table au début de cette année: liquidité abondante, positionnement défensif des investisseurs, dispersion extrême de valorisation, redémarrage conjoncturel. 

La tentation de rejouer ce scénario est forte, sans attendre que la situation économique soit stabilisée. La situation macro est brouillée, mais le recours au big data (données de géolocalisation, imagerie satellite, cartes de crédit) permet d’observer en temps réel la normalisation de l’économie. 

L’économie mondiale pourrait retrouver son niveau pré-Covid-19 à la fin de l’année 2020, soit quatre trimestres après le choc pandémique. 

Pour les économies du G7, il faudra sans doute attendre fin 2021, soit au moins huit trimestres. Cette récupération économique relativement rapide est liée à deux phénomènes: d’une part, une stimulation massive, dont le faible multiplicateur est compensée par une amplitude quasi-illimitée; d’autre part, l’absence de facteurs de propagation du choc récessif. 

Une crise économique et financière se caractérise en ­général par un choc endogène ­déclenché par des excès financiers/surcapacités non soutenables et un durcissement des conditions monétaires et de crédit. Or, dans le cas présent, le Covid-19 est un choc exogène, contré par un fort soutien monétaire et budgétaire, qui limite le désendettement forcé des agents économiques. Le revenu et l’épargne des ménages ont fortement bondi durant la période de confinement et les émissions obligataires ont connu un doublement par rapport aux précédents pics. Le risque de credit crunch est donc exclu à court terme.

Un redémarrage du cycle économique semble donc être une option probable. C’est ce qu’indique le rebond marqués des marchés financiers. Mais la persistance de fragilités structurelles (déflation, excès d’endettement, trappe à liquidité, moins de croissance nominale) justifie un positionnement plus modéré en risque que lors des habituelles phases de retournement.

*Chief Investment Officer, Evooq






 
 

AGEFI



...