Tout va très bien... jusqu’à présent

jeudi, 12.12.2019

Stéphanie Ruegsegger*

La Suisse va bien. Dire le contraire serait mensonge et provocation par rapport à d’autres pays, en situation bien plus délicate. Le chômage est bas, les salaires élevés et le système social fonctionne globalement bien. Voici donc la situation actuelle. Mais en sera-t-il toujours de même? Un rapport du Conseil fédéral sème le doute.

Ce rapport, c’est celui sur la situation de l’économie suisse. Avec les satisfecit d’usage, il pointe le doigt sur deux défis majeurs auxquels le pays devra faire face à brève échéance: le vieillissement de sa population et sa faible productivité. Le premier élément est connu puisqu’il s’agit d’un enjeu commun à l’ensemble des économies occidentales et qu’il impacte déjà la pérennisation de notre système de retraite. D’ici à 2045, la Suisse comptera un million de personnes ayant atteint l’âge de la retraite. Cette situation ne sera pas sans conséquence sur le PIB, qui souffrira du départ à la retraite de nombreux travailleurs. En parallèle, notre pays devra affronter une augmentation des dépenses dans le domaine de la santé et de la prévoyance. Un double effet pour les finances de notre pays.

Une situation guère plus réjouissante ailleurs

L’un des leviers permettant d’atténuer les effets négatifs du vieillissement de la population sur la croissance est d’augmenter la productivité. Or, celle-ci constitue précisément l’autre défi pour la Suisse. Cela fait en effet déjà quelques années qu’elle stagne. On peut se consoler en relevant que la situation n’est guère plus réjouissante ailleurs. Mais cela ne change rien au fait que la Suisse a besoin d’une croissance soutenue pour affronter le défi démocratique et maintenir le niveau de vie, n’en déplaise aux chantres de la décroissance. Différentes pistes sont avancées pour expliquer ce ralentissement, comme la faible concurrence sur le marché intérieur ou la lourdeur administrative et la densité normative. Un élément ressort toutefois plus particulièrement: la pénurie de personnel qualifié. 

Même si le niveau de formation est un atout suisse reconnu, le pays fait face à une pénurie de personnel qualifié. Un plan d’action – la Fachkraftinitiative – a bien été lancé en 2011 par le Conseil fédéral, avec quelques dizaines de mesures toujours en vigueur. Mais il serait candide d’imaginer que cela suffira. D’ici à 2030, il pourrait manquer jusqu’à 500.000 personnes sur le marché du travail. S’il est évident que les efforts doivent être maintenus pour améliorer l’employabilité de notre population active, la Suisse ne pourra pas relever les défis majeurs qui se dressent devant elle sans un élément essentiel: l’ouverture. 

Accès à la main-d’œuvre qualifiée

Petit pays au marché domestique restreint, la Suisse a particulièrement besoin de l’ouverture. C’est elle qui assure l’accès aux marchés étrangers et qui permet à l’économie d’exporter des biens à haute valeur ajoutée. Comme c’est elle qui garantit à la population un niveau de vie parmi les plus élevés au monde. Aujourd’hui, elle est plus que jamais indispensable. La Suisse doit pouvoir continuer à accéder à la main-d’œuvre qualifiée que son économie de pointe requiert –pour garantir les emplois, pour permettre d’augmenter la productivité et pour assurer le financement du système social.

*FER Genève






 
 

AGEFI




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