Gestion de fortune: la Suisse résiliente mais bientôt dépassée par l'Asie

vendredi, 13.07.2018

La Suisse sera dépassée par l'Asie en 2019 comme principal centre financier pour la gestion de fortune transfrontalière, selon les projections de Boston Consulting.

Genève comptait l'an dernier 104 banques pour 18'341 employés, contre respectivement 140 et 19'002 en 2008.(keystone)

Pour l'instant, la banque privée helvétique se montre résiliente, mais les pressions sur les marges et le processus de concentration s'accentuent.

La Suisse est actuellement le centre financier offshore numéro 1 au monde devant Hongkong et Singapour, d'après le rapport "Global Wealth 2018" de Boston Consulting sur le patrimoine mondial des ménages, publié en juin.

Selon les projections transmises vendredi à AWP, les deux places fortes asiatiques - Hong Kong et Singapour - devraient accumuler l'an prochain un total de 2541 milliards de dollars de fortune transfrontalière, contre 2464 milliards pour la Suisse.

A titre individuel, en séparant Hongkong et Singapour qui sont par ailleurs rivales, il faudra "attendre" 2037 pour que Hongkong accède au rang de numéro un, tandis que Singapour devrait dépasser la Suisse en 2042.

Si tout se passe comme le prévoit Boston Consulting, d'ici 24 ans, Hongkong hébergera plus du double de la Suisse du patrimoine transfrontalier des ménages (13'650 milliards de dollars contre 6135). L'époque où la Suisse gérait plus de la moitié de la fortune mondiale offshore est bien révolue, car les fortunes croissent plus vite en Asie que dans le Vieux continent et parce que la tendance va vers une "gestion de proximité".

Cependant, la Suisse se montre résistante, compte tenu de l'abandon du secret bancaire pour la clientèle étrangère. Sur la période 2012 à 2017, le taux de croissance annuel moyen de la fortune offshore y a atteint 3%, contre 2% par exemple pour le Luxembourg et le Royaume-Uni (continental). Mais en Asie, les taux atteignent ou dépassent 10%.

L'évolution n'est pas anodine, sachant que "la gestion de fortune représente environ la moitié des revenus de la place financière suisse, un record mondial", relève Anna Zakrzewski, associée de Boston Consulting à Genève et Zurich et co-auteure principale du rapport.
Même si la concurrence se renforce, la croissance en Suisse (offshore et locale) est appelée à se poursuivre. La Suisse bénéficie notamment toujours de sa stabilité.

Mais le secteur devient extrêmement compétitif. Les revenus augmentent moins vite que les actifs. Ainsi, les rendements ont reculé de 15% ces cinq dernières années en Suisse. Corollaire, le mouvement de concentration du secteur bancaire va se poursuivre.

"Nous sommes au milieu de la vague de consolidation", estime Mme Zakrzewski. Boston Consulting estime que les instituts bancaires en Suisse (helvétiques et étrangers) n'emploieront plus que 95'000 personnes à l'horizon 2021, contre 108'000 une dizaine d'années plus tôt. Les dix plus grandes banques se tailleront entre 85 et 90% du marché des actifs sous gestion.

Genève place financière se sent "confortée"

Concernant l'état des lieux dressé dans le rapport 2018 de Boston Consulting, la Fondation Genève place financière se montre satisfaite.

"L'étude nous conforte dans notre analyse car elle rejoint les conclusions du dernier baromètre des banques suisses publié par EY (anciennement Ernst & Young), qui parlait d'un regain de confiance. Elle se recoupe également avec notre dernière enquête conjoncturelle", déclare son directeur Edouard Cuendet.

"Notre enquête avait anticipé les très bons résultats 2017 publiés par les banques privées établies ici. La place genevoise a démontré sa résilience", estime-t-il.

Quant aux prévisions, la fondation genevoise se montre circonspecte. "L'avenir nous dira si ces projections à très long terme se réalisent. Toutefois, il est hasardeux de tirer des plans sur la comète jusqu'en 2042. En effet, l'évolution économique et surtout géopolitique peut avoir des répercussions considérables sur le développement d'une place financière. Le monde change à une vitesse vertigineuse", relève M. Cuendet.

Pour les perspectives à court terme, la place genevoise parle plutôt de "stabilité". Genève comptait l'an dernier 104 banques pour 18'341 employés, contre respectivement 140 et 19'002 en 2008. Il est cependant capital, précise M. Cuendet, que la Suisse parvienne à terme à un accord sur les services financiers avec l'UE pour assurer l'accès au marché européen et rester dans le coup.(ats)






 
 

AGEFI


 

 



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