La Suisse, ou l’antithèse de l’isolationnisme

jeudi, 20.02.2020

Catherine Lance Pasquier*

Catherine Lance Pasquier

La tentation du repli sur soi, la valorisation de l’isolationnisme et du protectionnisme essaiment dans plusieurs régions, en Europe et ailleurs. La Suisse n’échappe pas à cette tendance populiste, notamment avec l’initiative de limitation, qui sera soumise à votation le 17 mai, et qui prend le risque de détruire l’édifice des accords bilatéraux patiemment construit avec l’Union européenne. Cette vision d’une Suisse qui se porterait mieux en étant seule contre tous est pourtant contraire à la réalité.

Dans sa stratégie de politique extérieure 2020-2023, publiée fin janvier, le Conseil fédéral souligne l’engagement extraordinaire de la Suisse dans les relations internationales. Les grands enjeux environnementaux, sécuritaires ou économiques ne peuvent avoir de réponses autres que multilatérales. La Suisse, en tant que pays ouvert avec une économie fortement tournée vers l’exportation, a particulièrement besoin de règles stables et de la coopération internationale. 

Si l’engagement de la Suisse en faveur du multilatéralisme et des organisations internationales découle de son poids politique, de sa tradition d’ouverture et de son statut de pays exportateur, il est aussi mu par la défense de valeurs fondamentales. Le rapport rappelle ainsi l’implication de la Suisse dans la politique de paix et dans la défense des droits de l’homme et ses actions au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Depuis 2019, la Suisse siège également au Conseil exécutif de l’UNESCO. Elle se distingue par le rôle fondamental de la Genève internationale, qui sera notamment amenée à prendre de nouvelles responsabilités en matière de politique numérique et technologique mondiale. 

La stratégie de politique extérieure du Conseil fédéral met aussi en évidence les relations entre la Suisse et son principal partenaire, l’Union européenne. Au cœur de l’Europe, la Suisse a un besoin vital d’assurer un accès facilité au marché européen, le premier client de ses entreprises: un milliard de francs de marchandises sont échangées chaque jour ouvrable. Les régions frontalières allemandes pèsent davantage en termes de volume de commerce que la Chine. La Suisse collabore au quotidien de manière très étroite avec ses voisins européens dans de nombreux domaines, tels que la sécurité, la santé, la protection de l’environnement, l’éducation ou les transports. Le Conseil fédéral rappelle que les accords bilatéraux sont taillés sur mesure pour la Suisse, afin de régler ses relations avec l’Union européenne, et qu’il convient de consolider et de développer cette voie bilatérale. 

La présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga a conclu son allocution de Nouvel An avec cette phrase: «Nous allons bien si les autres vont bien aussi.» Cela peut sembler désarmant de simplicité. Pourtant, ces quelques mots méritent d’être répétés. Ils résument l’interdépendance qui lie la Suisse et ses partenaires européens. Il faudra s’en souvenir le 17 mai, pour décider si nous maintenons l’édifice des accords bilatéraux dans l’intérêt de la Suisse, ou si nous prenons le risque de tout détruire, sans alternative viable à ce jour.

 * FER






 
 

AGEFI



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