L'économie suisse bien placée pour 2019, l'UE beaucoup moins

mardi, 11.12.2018

La Suisse n'a pas à s'inquiéter outre mesure dans ses rapports avec l'Europe et va profiter économiquement du Brexit, estime la cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild, Mathilde Lemoine.

Mme Lemoine relève que la Suisse devrait continuer à mieux s'en sortir que l'Union européenne dans le contexte de turbulences attendu pour 2019.

"La Suisse a du répondant. Son économie se réoriente de plus en plus vers les Etats-Unis pour compenser la faiblesse de la zone euro", observe la cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild, Matilde Lemoine.

Dans un entretien à AWP, Mme Lemoine relève que la Suisse devrait continuer à mieux s'en sortir que l'Union européenne dans le contexte de turbulences attendu pour 2019. L'Europe sera accaparée par des échéances institutionnelles de taille: élections au Parlement européen le 26 mai, renouvellement de la Commission avant le 31 octobre et changement à la présidence de la Banque centrale (BCE) avec le départ de Mario Draghi.

La perspective du renforcement du courant nationaliste lors des élections européennes fait peser des incertitudes, génératrices d'attentisme et donc toxiques pour les affaires. L'Europe reste certes de loin le principal partenaire commercial de la Suisse. Mais cette dernière se tourne de plus en plus vers les Etats-Unis, dont la part de marché est passé de 10% à plus de 15% dans les exportations helvétiques depuis 2010.

Et comme les Etats-Unis s'annoncent encore au coeur de la croissance mondiale en 2019, la Suisse parviendra à amortir les difficultés de la zone euro, estime Mme Lemoine. "L'Europe met actuellement la pression (sur la Suisse), sachant qu'elle va renouveler bientôt ses institutions", déclare l'économiste. Mais la Confédération a prouvé sa résilience et devrait atteindre une croissance de 1,6% en 2019, pour une inflation de 0,7%, contre respectivement 1,5% et 1,6% pour la zone euro, selon les prévisions du groupe Edmond de Rothschild,
publiées mardi.

"Ressorts domestiques"

Mme Lemoine, qui a travaillé pour plusieurs cabinets ministériels en France, s'attend à ce que le Brexit profite à l'économie helvétique. "Les investisseurs qui ne voudront plus aller en Grande-Bretagne tout en refusant de s'engager dans la zone euro vont se tourner vers la Suisse. Celle-ci bénéficiera de ces flux", prévoit-elle.Le franc devrait rester fort et conserver son rôle de valeur refuge, face aux tempêtes alentour. Il faut s'attendre à un ralentissement des investissements des entreprises suisses, notamment en biens d'équipement, mais ils restent à un niveau assez élevé. "La Suisse a des ressorts domestiques importants et devrait s'en sortir mieux que l'UE", résume l'économiste, eu égard par exemple à la bonne santé du marché du travail, qui soutient la consommation et donc la croissance.Plus globalement, Mathilde Lemoine rejette l'idée que Donald Trump pratique une politique protectionniste. "Son seul objectif est de faire gagner des parts de marché aux Etats-Unis dans la lutte pour le leadership mondial contre la Chine. Il engage des rapports de force sur plusieurs fronts (EU, Royaume-Uni, Japon, Chine), qui ont pour effet de reconfigurer les flux de commerce. Pour l'instant, la hausse des droits de douane voulue par le président américain n'a eu que des effets limités sur le commerce mondial."

 

D'autres régions, comme le Brésil ou le Sud-Est asiatique, prennent le relais là où les flux sino-américains sont entravés. La zone euro, estime Mathilde Lemoine, est celle qui a le plus à perdre dans ce conflit. "Comme elle occupe la première place dans la part aux exportations mondiales avec 36% de parts de marché, elle est mathématiquement la première à souffrir."

Cela d'autant que la faiblesse institutionnelle de l'UE ne l'avantage pas face aux puissants leviers de la Chine et des Etats-Unis: la première a élargi son plan de relance pour ne pas se laisser distancer par les Etats-Unis, qui profitent de leur côté des allègements fiscaux de l'administration Trump.

En marge de cette lutte de géants, la Suisse devrait continuer à bien slalomer, pour autant, estime Mme Lemoine, qu'elle ne tombe pas dans le viseur de M. Trump si ce dernier venait à se préoccuper de la politique interventionniste de la BNS.(ats)






 
 

AGEFI



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