La Suisse face au vieillissement de sa population

jeudi, 03.10.2019

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

A l’adolescence, j’ai calculé quand je mourrai, compte tenu de l’espérance de vie de l’époque. Le verdict? Quelque part entre 2050 et 2060.

Selon les démographes aujourd’hui, je risque de vivre une bonne vingtaine d’années supplémentaires! Le monde devrait compter 3,2 millions de centenaires en 2050, soit dix fois plus. En Suisse, 18% de la population a atteint l’âge de la retraite. Cette proportion devrait dépasser 26% en 2045 et comprendre entre 25.000 et 50.000 centenaires, contre 1500. A Genève, à Zurich, à Fribourg et sur Vaud, la barre des 25% ne devrait pas être atteinte, en raison de la proportion de personnes migrantes plus élevée qu’ailleurs et de l’attraction des centres urbains sur les jeunes. Malgré cela, la Suisse et le monde occidental devront faire face à un accroissement massif des coûts de la santé en raison du vieillissement de la population et du recours aux soins à domicile et à l’entrée en EMS.
Dans ces institutions, les frais sont supportés par les caisses maladie, les bénéficiaires et l’Etat. Ce dernier intervient de multiples manières: paiement de prestations complémentaires – en Suisse, un résident en EMS sur deux en bénéficie, paiement des frais résiduels, subventions pour l’aide à domicile, etc. Pour corser le tout, le nombre de personnes actives par rapport aux retraités va diminuer, alors que ce sont elles qui paient les impôts et contribuent aux recettes. Sans actifs, pas de financement du grand âge. Pour mieux prendre en charge la perte d’autonomie et la dépendance des personnes âgées, certains plaident en faveur d’une assurance vieillesse pour le 4e âge, comme le faisait il y a quelques années le professeur et conseiller national Tschopp.
En France, des propositions sont faites pour taxer davantage les successions aux enfants qui, au vu de l’allongement de l’espérance de vie, sont de plus en plus âgés lorsqu’ils héritent, et d’exonérer totalement les successions aux petits-enfants. Le but est de favoriser ceux qui sont dans une phase de vie active, pour lesquels un héritage sera bienvenu pour accomplir des projets. Ponctionner le patrimoine pour financer les soins du grand âge est une question qui commence à être débattue en France. En Suisse, les cantons connaissent des régimes divers. Dans cette réflexion, il est nécessaire de prendre en considération la question de l’outil de travail, exonéré en France alors que la Suisse a l’impôt sur la fortune. C’est un point essentiel lorsqu’on aborde la question de l’imposition des successions. Quel que soit le modèle choisi, il ne faut pas créer un effet inverse, en décourageant à tel point de constituer un patrimoine que personne ne s’y risquerait plus, ce qui aurait un effet dommageable sur le dynamisme et, par ricochet, sur l’Etat social.
Au-delà des chiffres, les questions de qualité de vie et de transition générationnelle devront être traitées, tant sous l’angle de la responsabilité individuelle que du maintien ou de la création de conditions cadre adéquates. Il faut poser la question de la hausse de l’âge de la retraite: si l’on veut que la solidarité continue de fonctionner, il faut éviter que le déséquilibre entre actifs et retraités augmente. Sinon, le risque est réel de voir les rentes baisser. La mixité, l’ouverture, les avancées technologiques et médicales sont autant de moyens qui permettront une cohésion sociale forte et juste. Une inconnue risque de rebattre les cartes: l’évolution du monde du travail, qui pourrait remettre en cause le mode de financement des retraites.

* FER Genève






 
 

AGEFI




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