Critiques envers le contrôle des risques de la Poste

jeudi, 23.05.2019

La stratégie en matière de risque appliquée par la Poste n'est pas assez explicite. Le géant jaune a notamment évalué trop positivement son engagement en France avec CarPostal, estime le Contrôle fédéral des finances.

Jusqu'à fin 2017, la filiale française du géant jaune était évaluée comme une chance plutôt que comme un risque.(Keystone)

La Poste a réglé en juin 2018 le litige l'opposant à trois transporteurs français en versant 6,2 millions d'euros (7,1 millions de francs) d'indemnités. Elle a aussi annoncé un retrait programmé de ses activités françaises. La justice française l'avait auparavant reconnue coupable de fausser la concurrence.

La rentabilité de CarPostal France était négative dès le départ, relève le Contrôle fédéral des finances (CDF) dans un audit publié mercredi. Il sera impossible de réaliser un retour sur investissement en raison d'une augmentation de capital de 19 millions de francs et de 57 millions de francs de dettes contractées auprès de la maison-mère.

Perspectives peu rassurantes

Malgré cette situation financière, jusqu'à fin 2017, la filiale française du géant jaune était évaluée comme une chance plutôt que comme un risque. Et l'avenir ne s'annonce pas plus calme. La sortie programme du marché français, incluant la vente potentielle de la filiale, implique de nouveaux risques qui ne sont pas encore répercutés dans la gestion des risques de la Poste, selon le CDF.Les clients pourraient ne pas renouveler leurs contrats. La valeur du portefeuille s'effondrerait alors. De plus, jusqu'ici, aucune provision n'a été constituée pour couvrir les coûts du retrait en France. Des coûts supplémentaires peuvent survenir, par exemple liés à une réduction des effectifs si un acheteur potentiel ne souhaite pas reprendre les parties opérationnelles.

La Poste part du principe que les actifs équivalant à 124 millions de francs ont de la valeur et dépassent le montant des dettes. Elle ne veut vendre sa filiale française que comme un tout.

Objectif à atteindre

Dans ce contexte, on peut se demander si l'objectif stratégique du Conseil fédéral, qui veut que les coopérations et prises de participation à l'étranger soient suivies de près, est vraiment atteint, remarque le CDF. Le contrôleur reconnaît toutefois que du point de vue formel, la gestion des risques de la Poste est correcte. Sa façon d'évaluer les demandes d'investissement importantes et de grands projets est jugée positive.

En revanche, depuis le 1er février, la gestion des risques dépend directement du directeur financier qui cumule ainsi les mandats. Cette nouvelle organisation peut compromettre l'indépendance nécessaire à cette fonction.

La Poste a maintenu cette structure. Mais elle indique dans une lettre datant d'avril d'avoir avoir effectué de nombreuses adaptations suite aux recommandations du CDF. Un nouveau modèle devrait permettre de mieux déterminer la fréquence des risques et l'étendue des dégâts. Le catalogue des risques a été entièrement revu.

Administration critiquée

Le CDF pointe aussi du doigt l'administration. Le Département fédéral de la communication (DETEC) ne dirige pas la Poste comme une entité de risque autonome, selon lui. En outre, ni le DETEC ni l'Administration fédérale des finances n'ont critiqué la pertinence limitée du chapitre sur la gestion des risques dans le rapport sur les objectifs stratégiques du géant jaune pour la période 2017-2020.Le CDF recommande aux deux instances de procéder ou de faire procéder à un examen périodique de l'efficacité de la gestion des risques de la Poste. Dans une prise de position, toutes deux indiquent ne pas être d'accord avec cette recommandation. Le CDF en prend acte. Il abordera la question à un autre niveau, indique-t-il.(awp)

 

 






 
 

AGEFI



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