Zermatt courtise la clientèle asiatique en Italie

mardi, 10.07.2018

La station valaisanne veut favoriser le flux de touristes entre l'Italie et la Suisse en exploitant prochainement deux nouveaux téléphériques.

Olivier Petitjean

Les visiteurs asiatiques représentent environ 10% des nuitées annuelles de Zermatt, une tendance en forte hausse. (keystone)

Zermatt renforce son ouverture vers l'Italie en s'apprêtant à exploiter deux nouveaux téléphériques à haute capacité devisés à 80 millions de francs, dans le but de séduire la clientèle asiatique visitant la Péninsule. L'entreprise de remontées mécaniques de la station valaisanne profite de sa forte rentabilité pour consolider son positionnement haut de gamme.

Depuis 2002, l'année de sa création née de la fusion des deux entités exploitant le domaine skiable de la station, la société Zermatt Bergbahnen a investi quelque 500 millions de francs dans ses infrastructures, explique le directeur Markus Hasler dans un entretien avec AWP

Dernier projet en date, le téléphérique 3S, qui aura coûté 55 millions, reliera dès fin septembre la station de Trockener Steg (2939 m) au Petit-Cervin, à 3883 m d'altitude, en complément de la télécabine déjà existante.

Ce téléphérique à trois câbles doit être complété d'ici 2021 par une autre installation du même type, estimée à 25 millions de francs, qui permettra de relier Zermatt et Testa Grigia, dans la Vallée d'Aoste (Italie), à la frontière suisse. Ces deux projets permettront d'une part de désengorger le trafic actuel et d'autre part de favoriser le flux de touristes entre l'Italie et la Suisse, selon la vision de l'"Alpine Crossing" (traversée des Alpes) chère à Zermatt.

"Cela favorisera le tourisme quatre-saisons", explique Markus Hasler. "Actuellement, la liaison vers le Petit-Cervin n'est pas possible toute l'année pour les randonneurs et le tourisme d'excursion, en raison des révisions bisannuelles des installations. Or, la clientèle, asiatique en particulier, désire pouvoir monter toute l'année."

Le constat est d'autant plus important que les visiteurs asiatiques représentent environ 10% des nuitées annuelles de Zermatt, une tendance en forte hausse. Le seuil de 20% devrait être atteint prochainement.

"Mais Zermatt n'entend surtout pas donner dans le tourisme de masse", prévient Markus Hasler. "Nous voulons maintenir des prix responsables en accord avec notre réputation de leader à la fois en terme de prix (élevés) et de prestations."

Temps d'attente intenables

Zermatt assume pleinement son statut de station de ski la plus chère d'Europe, avec un abonnement journalier proche de 100 francs pour son domaine skiable. Et le prix de la montée vers le Petit-Cervin, que ce soit avec la télécabine actuelle ou le futur 3S, se montera à 100 francs par personne pour l'aller-retour.

"Cette nouvelle installation s'impose, car les temps d'attente étaient devenus inacceptables pour les prix que nous exigeons et le standing de Zermatt", reconnaît Markus Hasler. Durant les pics de l'hiver ou de l'été, l'attente pour la télécabine reliant Trockener Steg au Petit-Cervin a pu atteindre une heure et demie. Le nouveau téléphérique aura une capacité de 2000 passagers par heure, qui s'ajoutera aux 600 personnes par heure de la télécabine, de quoi supprimer toute file d'attente a priori.

L'argent n'est pas un problème. "Les banques disent que nous sommes une vache à lait", sourit le CEO des remontées mécaniques. Et pour cause: avec un cash-flow annuel de 30 millions de francs et une marge opérationnelle (Ebitda) de plus de 49%, Zermatt Bergbahnen atteint des sommets en la matière. Le chiffre d'affaires (environ 70 millions de francs, sans recettes de restauration) est le plus élevé de la branche en Suisse.

Concrètement, avec son projet de téléphérique vers Testa Grigia pour 2021, Zermatt entend "faire venir les touristes asiatiques de l'axe Sud, qui visitent Milan et Paris, en les incitant à s'arrêter en Valais. Nous ne voulons pas nous contenter de ceux de l'axe Nord Munich-Zurich-Lucerne", précise Markus Hasler.

Jusqu'à présent, Zermatt a échappé à la crise générale qui frappe les stations de montagne, avec des recettes en hausse année après année. Elle entend bien continuer sur cette voie. (awp)






 
 

AGEFI



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