La SSR doit se transformer en un Netflix suisse!

lundi, 03.02.2020

François Besençon*

François Besençon

La Commission fédérale des médias (COFEM), face à la concurrence des services de streaming et des plateformes, recommande la régulation de ces nouveaux acteurs et l’augmentation de l’aide aux médias! 

L’avenir des médias c’est finalement l’histoire de deux couples qui divorcent. La publicité qui n’a plus besoin du contenu pour toucher ses cibles rendant caduc le modèle d’affaires sur lequel les médias se sont appuyés depuis 70 ans! Les médias imprimés ont perdu plus de la moitié de leur publicité depuis les années 2000. La TV pourrait connaitre le même destin dans les 10 années à venir! Mais il y a un second couple qui explose: les médias ne distribuent plus les produits qu’ils fabriquent. Les câblo-opérateurs, les telcos, les services de streaming, les plateformes assurent cette fonction hautement stratégique qu’est la distribution. Cette séparation de la production et de la distribution n’est pas unique: Dans le commerce de détail elle existe avec le poids dominant des grands distributeurs versus les produits de marques, idem dans l’aviation où les compagnies aériennes vous transportent et plus les avionneurs. Ce sera sans doute aussi le destin de l’automobile Demain vous ne circulerez plus en Citroen, BMW ou Fiat, mais avec un diffuseur de course comme Uber ou Lyft.  Dans tous ces marchés, le maître du jeu est le distributeur. Cela sera aussi le cas dans l’industrie des médias. En perdant le contrôle de sa distribution, le média perd le lien direct avec ses auditeurs, téléspectateurs et lecteurs, il n’a plus la data sur ceux qui consomme ses contenus, il perd la capacité à se financer par la publicité, finalement il perd le contrôle de son audience. 

Ce sont des changements majeurs! Ce n’est pas bien ou mal, c’est ainsi. Les médias doivent s’adapter pour poursuivre la mission fondamentale qui est la leur dans ce paysage nouveau. 

Les offres de streaming telles que Netflix, Spotifiy sont très clairement des médias: production, sélection et distribution vers de multiples destinataires. Elles se distinguent de la TV ou de la radio classique par le moyen de distribution et leur caractère «on demand». Elles correspondent au monde de demain où les contenus doivent pouvoir être consommés «où je veux, quand je veux». Sur le principe qu’une activité semblable sur un même territoire doit avoir les mêmes règles du jeu pour tous les acteurs, la question est évidemment de savoir si on dérégule ce marché ou si, au contraire, on le régule en soumettant les nouveaux entrants à la régulation applicable aux radios et télévisions. C’est la position de l’Europe qui révise sa direction sur les services médias audiovisuels dans ce sens. C’est aussi la recommandation de la COFEM. Mais la régulation ne doit surtout pas bloquer un marché et ses acteurs dans un état existant appartenant au passé. C’est l’innovation et la dynamique des acteurs existants qui apporteront les vraies solutions. Un Netflix suisse? C’est à la SSR de le créer et d’adapter son offre au monde de la consommation délinéarisée. Des initiatives de ce type existent dans tous les pays d’Europe. C’est un enjeu majeur pour maintenir nos cultures européennes, nationales et régionales.  

Les plateformes sont d’une autre nature. On peut longtemps discuter de savoir si Facebook, Youtube ou Instagram sont des médias. C’est un peu comme le sexe des anges. Certain par contre qu’elles menacent le financement du journalisme. Elle modifie aussi la façon dont se forme les opinions. Le fonctionnement même des plateformes favorisent par exemple la polarisation des opinions en créant des bulles de filtrage ou chambres d’écho. Chacun est en fait inondé d’opinions et de contributions qui soutiennent sa propre sensibilité. La force des médias généralistes est d’offrir aux gens ce qu’ils pourraient aimer! C’est ainsi que l’on jette des ponts entre des idées, que l’on élargit nos centres d’intérêts, que l’on comprend mieux l’autre. C’est cela que nous ne devons pas perdre avec l’arrivée de ces nouveaux entrants. 

C’est pour cela que la COFEM demande d’augmenter l’aide aux médias. On peut y être opposé, mais il faut être pragmatique et adopter des mesures limitées dans le temps car l’information est un bien nécessaire au fonctionnement de notre démocratie. L’éventuel affaiblissement du 4e pouvoir constitue un risque pour nos démocraties, qui plus est pour une démocratie directe comme la Suisse.

* Vice-président, Communication Suisse






 
 

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