Récession ou pas?

lundi, 20.05.2019

La seule mesure qui fournit un assez bon indicateur est l’écart entre les taux d’intérêt à court et à long terme.

Andrea Astone*

La plupart des récessions arrivent sans crier gare. Alors que beaucoup sont encore en train de faire l’éloge de la vigueur de l’économie, la récession est en fait déjà présente depuis plusieurs mois. Il n’y a en effet pas de moyen réellement efficace pour savoir si et surtout quand une récession frappera. Il suffit de demander au FMI à quel point cela est difficile. La seule mesure qui fournit un assez bon indicateur est l’écart entre les taux d’intérêt à court et à long terme.

Inversion de la courbe

La théorie veut que les taux à long terme soient plus élevés que les taux à court terme en raison du risque plus important pour l’investisseur. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais alors que se passe-t-il lorsque la courbe s’inverse? C’est-à-dire lorsque les taux à court terme dépassent les taux à long terme. Il donne à penser que les investisseurs s’entassent à l’extrémité longue de la courbe (poussant les rendements à la baisse et les prix à la hausse) en raison d’un ralentissement prévu de la croissance économique et d’un ralentissement général des taux d’intérêt. C’est ce qui se passe en ce moment.

Le graphique ci-dessus examine l’écart entre les bons du Trésor à 3 mois aux Etats-Unis et les rendements obligataires à 10 ans depuis 1990. L’écart est devenu négatif en juillet 2000 (la récession a commencé en mars 2001), négatif en août 2006 (la récession a commencé à la fin de 2007) et se situe maintenant précisément à zéro. Pas plus tard qu’en novembre dernier, le rendement à 10 ans était supérieur à 3%. Si l’on se fie au passé, 2020 pourrait être une année plutôt incertaine.

Autre signe à ne pas négliger, le fait que la Réserve fédérale américaine (Fed) ait publiquement renoncé à toute suggestion d’augmentation des taux d’intérêt officiels en 2019, ce qui représente un revirement total par rapport à sa position déclarée fin 2018. Il est également probable qu’elle mettra fin au resserrement quantitatif, c’est-à-dire au non-remplacement des obligations inscrites à son bilan à mesure qu’elles arriveront à échéance. On est encore loin d’un assouplissement quantitatif, mais il s’agit néanmoins d’un changement de comportement significatif.

Une valeur précaire 

La Fed a également réaffirmé son point de vue selon lequel la croissance tendancielle du PIB réel américain sera de l’ordre de 1,75% - 1,8%. C’est un peu plus pessimiste que notre prévision tendancielle de 2%. Quoi qu’il en soit, elle laisse le marché boursier américain à une valeur précaire par rapport à la croissance potentielle. L’indice Dow Jones a atteint 26.000 en janvier 2018 et se situe aujourd’hui sous ce niveau. Il a donc passé plus d’un an sans aller nulle part. Nous assistons peut-être à un autre signe avant-coureur d’une période d’incertitude.

Les rendements des obligations à 10 ans ont chuté dans toutes les grandes économies développées au cours des six derniers mois. Il est remarquable de constater la rapidité avec laquelle le climat économique et celui des investissements peuvent se modifier.

*Directeur et spécialiste de l’investissement responsable, BMO Global Asset Management






 
 

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