La sécurité de la Suisse en ligne de mire

jeudi, 21.02.2019

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Accepter la loi sur les armes en mai prochain permettrait à notre pays de continuer de bénéficier de l’important acquis Schengen/Dublin. Grâce aux exceptions négociées avec Bruxelles, elle garantit en outre notre tradition du tir.

Tous les ingrédients d’une campagne passionnelle sont réunis dans le projet de révision de la loi sur armes, sur lequel le peuple s’exprimera le 19 mai prochain: l’Union européenne (UE) et les armes à feu. Le référendum, qui a recueilli plus de 125.000 paraphes en trois mois alors que 50.000 suffisent, montre à quel point le thème est explosif. Diabolisé par les tenants de la tradition, qui y voient «un diktat de l’UE», ce texte est pourtant très loin de remettre en cause nos us et coutumes en matière de tir. Il ne concerne en réalité que très peu de personnes, car nos autorités ont obtenu un certain nombre de dérogations permettant de préserver nos pratiques ancestrales et de tenir compte des besoins de notre armée. Pas de diktat, donc! Surtout, cette révision est indispensable pour que la Suisse continue de bénéficier de l’acquis Schengen/Dublin, à savoir les mesures de sécurité prises afin d’assurer la libre circulation.

La genèse de cette réforme remonte aux attentats terroristes qui ont secoué l’Europe, dès 2015. En réaction, Bruxelles a pris une série de mesures, dont la révision du droit sur les armes dans l’espace Schengen. L’objectif de l’UE consiste à rendre l’accès aux armes plus difficile, à garantir une meilleure traçabilité des pièces d’armes et à optimiser l’échange d’informations entre les pays associés à cet espace. Comme État associé à cet accord, notre pays est tenu d’adapter sa législation à ce processus.  

Les partisans du non soutiennent que cette loi signifierait rien de moins que «la fin du tir en tant que sport populaire et ferait de notre droit de posséder des armes un simple privilège». C’est faux, et je m’étonne qu’une partie des officiers cautionne de tels raccourcis. Car la Suisse a pu négocier avec l’UE de nombreuses exceptions. Qu’on en juge: les militaires et les chasseurs ne sont pas concernés. Les tireurs sportifs peuvent continuer de pratiquer ce loisir et acheter des armes semi-automatiques, s’ils prouvent qu’ils sont membres d’un club ou pratiquent régulièrement le tir. Les collectionneurs ont également toujours la possibilité d’acquérir des armes semi-automatiques, pour autant qu’ils les conservent convenablement.

Pourquoi les milieux économiques s’impliquent-ils dans cette campagne en prônant le oui? Un refus occasionnerait des coûts élevés, car les accords Schengen/Dublin cesseraient automatiquement d’être appliqués dans le cas où la Suisse n’adaptait pas ces normes. Sans le visa Schengen, le nombre de visiteurs en provenance de Chine, d’Inde et des pays du Golfe qui séjournent en Suisse diminuerait. Economiesuisse estime le manque à gagner pour les milieux touristiques à plus de 500 millions de francs. Sans parler des Suisses qui ne pourraient plus utiliser les couloirs UE dans les aéroports et seraient ainsi condamnés à d’interminables files d’attente… La fin de l’accord de Dublin poserait en outre un grave problème migratoire, car en vertu de celui-ci, les requérants d’asile peuvent déposer une demande dans un seul pays. S’il tombe, la Suisse devrait s’attendre à une forte hausse des deuxièmes demandes - et à des coûts supplémentaires de l’ordre d’un milliard de francs.

Le 19 mai, il s’agira donc de ne pas se tirer une balle dans le pied. Disons un oui clair à loi sur les armes!

* Directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

AGEFI



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