Luxe et technicité, les voies d'avenir du textile suisse

lundi, 26.11.2018

La savoir-faire des société suisses de textile a de l'avenir dans le secteur du luxe et des tissus techniques, selon Peter Flückiger, directeur de la faîtière Swiss Textiles.

Peter Flückiger, directeur de la faîtière Swiss Textiles, estime que le textile, par ses propriétés (flexibilité, légèreté, solidité), est le "matériau du futur". (Keystone)

Dans un environnement toujours plus concurrentiel, la Suisse garde des cartes à jouer dans l'industrie du textile et de l'habillement, même si la production a été majoritairement délocalisée à l'étranger. Apprécié par le secteur du luxe, mais également dans diverses industries, le savoir-faire des sociétés suisses de textile continue de rayonner à l'international.

"Dans la haute-couture et les tissus techniques, les opportunités de croissance sont immenses et la conjoncture est au beau fixe", assure Peter Flückiger, directeur de la faîtière Swiss Textiles. Optimiste, le spécialiste estime que le textile, par ses propriétés (flexibilité, légèreté, solidité), est le "matériau du futur", en témoigne "l'infinité" d'applications possibles.

L'industrie a profité de hausses substantielles des exportations au premier et au deuxième trimestres, tant dans le textile (+6,5% sur un an) que dans l'habillement (+33,5%). Le taux d'utilisation des capacités de production de 85% est quant à lui légèrement supérieur à la moyenne des autres secteurs. "Nos entreprises sont solides sur leurs marchés respectifs, car elles occupent des positions de niches et savent se réinventer", explique à AWP M. Flückiger.

Le fabricant argovien de lingerie de luxe Zimmerli a profité de cette solide conjoncture. "Nous avons vu nos ventes progresser de 14% l'année dernière et la croissance devrait être similaire cette année", remarque le directeur général de la société familiale, Marcel Hossli.

Dans les textiles techniques, un marché qui pèse pour 150 milliards de francs à l'échelle mondiale, la situation est similaire. 

"Le premier semestre a été marqué par une demande supérieure à nos capacités de production", se félicite Siegfried Winkelbeiner, directeur général de Schoeller.

La société, qui compte 285 collaborateurs et fête cette année ses 150 ans, profite de la demande pour ses textiles dits "intelligents". Grâce à la micro-électronique, ces tissus munis de capteurs trouvent des applications dans la médecine, les jeux vidéo, l'architecture ou encore le transport. "L'association du textile et de l'électronique fait naître un nouveau marché, celui du e-textile", explique M. Winkelbeiner.

Si les ventes sont à la hausse pour Zimmerli, les marges souffrent du franc fort, 80% des ventes étant réalisées à l'étranger, alors que la société est l'une des rares à conserver sa production en Suisse. "Pour y remédier, nous nous sommes repositionnés et avons relevé nos prix en euro pour les nouveaux lancements", explique-t-il.

La productivité de l'usine de Mendrisio au Tessin a été améliorée, grâce à des investissements de 300'000 francs dans l'outil de production. "En effectuant la découpe à la machine plutôt qu'à la main, nous gagnons en rapidité et nous minimisons les déchets de tissus", précise-t-il.

Comme d'autres secteurs, l'industrie du textile n'échappe pas à la transition numérique, confirme M. Flückiger. Outre l'appareil de production, toujours plus automatisé et connecté, deux autres volets sont concernés, la logistique et les produits. "L'essor de l'e-commerce a rapproché les clients, encourageant à un renouvellement permanent des collections", remarque M. Flückiger.

L'e-commerce pour l'international

Zimmerli s'est ouvert à l'e-commerce il y a quatre ans et la croissance a été fulgurante. "Environ 20% des ventes sont réalisées en ligne, dont 13% sur notre propre e-boutique", déclare le directeur. Ce succès s'explique par les produits, qui se prêtent bien à la vente en ligne et la clientèle, très fidèle. "Au cours des cinq prochaines années, j'imagine même que nous atteindrons une part de 30 à 35%", projette-t-il.

L'e-commerce permet de s'étendre, notamment en Asie. "En Europe, il est difficile de gagner des parts de marché, mais en Chine, notre potentiel de croissance est immense", estime le directeur. Dans sa filiale à Shanghai, Zimmerli emploie une douzaine de collaborateurs, sur la centaine que compte le groupe.

L'internationalisation est une opportunité pour les sociétés suisses, confirme M. Flückiger. Même si les entreprises produisent de moins en moins dans la Confédération, le pays a les moyens de rester un centre de compétence reconnu à l'échelle mondiale. "Au cours des dernières décennies, la chaîne de valeur s'est déplacée de la production à d'autres activités, comme la recherche et développement, le design ou encore les services".

"En Suisse, nous concentrons dans un espace restreint de nombreux savoir-faire, dans le textile bien-sûr, mais également dans les composants électroniques, l'horlogerie ou l'industrie des machines ainsi que dans le design et la création", ajoute M. Winkelbeiner. "Associés à des instituts de recherche de premier plan, cet environnement est idéal pour avoir une capacité d'innovation". (ats)






 
 

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