La révolution technologique et le cycle économique

mardi, 18.06.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La révolution technologique à laquelle nous assistons est souvent qualifiée de quatrième révolution industrielle, après celles de la presse à imprimer (1440), la machine à vapeur (1698), et le générateur d’électricité (1831). Toute révolution technologique passe par une période d’adoption et une période d’adaptation. Concernant la révolution actuelle, nous sommes encore en plein dans ces deux phases. Et la question qui s’impose est: pendant encore combien de temps?  

Pour mieux comprendre l’importance de cette question, revenons un peu en arrière. La première révolution industrielle a eu lieu entre 1750 et 1850 et s’est donc étalée sur une centaine d’années. Après l’innovation initiale, vient la phase de  diffusion, qui intervient en différentes vagues successives. Les ordinateurs (1946) et la téléphonie mobile (Motorola en 1973) ont constitué la première vague de la révolution technologique.La seconde vague date environ de 1995 avec l’arrivée de l’internet et des réseaux sociaux. Depuis 2010, la troisième vague a fait son apparition, comprenant la capacité de traitement de vastes quantités de données et le développement de l’intelligence artificielle. D’autres vagues sont possibles, car les nouvelles technologies donnent naissance à de nouvelles applications dans des cycles qui s’entretiennent mutuellement. 

Si une révolution technologique s’étale environ sur un siècle, la révolution technologique actuelle mettra encore quelques 25 ans avant d’arriver à maturité, basé sur la naissance du premier ordinateur. En outre, les 25 ans passés ont donné près de 57% de la population mondiale accès à internet (Internet World Stats, mars 2019). Il semble alors logique de supposer que les 25 ans à venir pourront connecter les 43% restant. Un évènement simultané est le fait qu’une majorité de la population se trouve maintenant dans la classe moyenne (Brookings, septembre 2018). Vers 2030, la classe moyenne en Chine et en Inde représentera un marché comparable à celui des Etats-Unis. La commercialisation des biens et des services sera transformée par ces deux évolutions: accès à internet, et pouvoir d’achat croissant. L’avenir sera encore plus digital, et la digitalisation transformera les services, comme elle a déjà transformé le secteur des produits manufacturiers. 

Ce phénomène se reflète dans l’évolution des prix. L’inflation dans le secteur manufacturier est faible, non pas en raison du cycle économique (qui reste positif), mais davantage en raison de la révolution technologique. Les prix d’importations américains, par exemple, évoluent en baisse de 0,2% en avril 2019 par rapport à avril 2018. Les prix des services, par contre, ont augmenté de 2,8% sur la même base. Ces derniers vont, en toute probabilité, également être frappés par les mêmes forces que l’inflation des biens.

Et c’est une véritable chance! La révolution technologique nous protégera encore a priori pendant des décennies contre une poussée de l’inflation cyclique qui aurait normalement déjà dû être au rendez-vous. Grâce à la faible inflation, le pouvoir d’achat augmente, les ménages peuvent continuer à consommer malgré le ralentissement du cycle économique, et les banques centrales peuvent maintenir leurs taux directeurs bas, malgré le surendettement de nombreux pays. Ainsi, ce sont les «geeks» que nous devrions remercier si leur révolution structurelle maintient encore notre cycle en expansion.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management.






 
 

AGEFI



...