La révolution digitale et la petite enfance

mardi, 25.06.2019

Xavier Comtesse*

Luttant pour être dans le peloton de tête de la révolution digitale, la Suisse semble être à la traîne en termes de préscolarisation ou de garde des très jeunes enfants. Comment ces deux phénomènes peuvent-ils coïncider? 

C’est simplement un retard des comportements, des lois et des moyens financiers alloués à la garde de la petite enfance qui explique ce paradoxe. Alors que les besoins de mobilisation de toutes les forces vives de la nation pour cette transition historique vers le tout numérique sont plus que nécessaires, la structure familiale suisse reste trop traditionnelle avec les femmes souvent occupées par les petits. Mais la société technologique est encore plus exigeante que les précédentes. Elle s besoin de toutes les intelligences. Ce changement social mais aussi spatial, demande une adaptation rapide des structures d’accueil pour la toute petite enfance.

Faisons le point avec une spécialiste engagée, Madame Diana de la Rosa de l’association ARCE.

Pouvez-vous nous donner une idée de l’ampleur du problème?

Le dernier rapport qui date de décembre 2018, mentionne une pénurie d’environ 3200 places en crèche pour le canton de Genève. 

Pourquoi faire appel aux dons du privé... les pouvoirs publics n’en font pas assez?

L’harmonisation de la scolarité obligatoire à 4 ans pour tous les cantons est récente. Mais le réseau de cantines et d’activités après-scolaires est encore lacunaire en Suisse romande, un casse-tête hors des centres urbains. Quelques crèches privées existent mais leur coût pose un problème d’accès aux familles.

Notre association a été fondée en 2002 par des entreprises privées qui avaient l’ambition de trouver des solutions en créant des crèches. En 2014, l’association ARCE a obtenu le statut d’utilité publique. Si l’offre publique ne peut répondre aux besoins, alors ce sont les entreprises qui doivent s’adapter. Mais ce n’est pas leur rôle. C’est pourquoi nous faisons appel au mécénat. 

Est-ce un problème d’une société urbaine ou générationnel?

Non, la Suisse accuse plutôt un retard sur la politique familiale. Le Conseil fédéral a clairement indiqué, en arrêtant le programme d’impulsion de création de crèches que c’est aux cantons et aux communes de s’occuper du financement des crèches. Là est le premier problème, la répartition financière des coûts qui incombent aux communes. Deuxième problème, la mobilité du travail est facilitée, mais pas les infrastructures. Or les parents n’ont pas tous des proches pour les aider dans la prise en charge de leur enfant. Le problème est aussi le point de départ, la situation culturelle suisse, comparable à la tradition alémanique qui considère la famille comme étant de l’ordre de la vie privée. 

C’est donc aussi un problème socio-culturel.

Comment cela se passe-t-il dans les autres pays?

La préscolarisation des enfants de plus de 3 ans s’est généralisée dans toute l’Europe. Par contre, pour les 0 à 3 ans les modèles de prise en charge sont très divers et classés en 3 groupes qui sont très variables selon les pays. La garde formelle (1), la garde informelle (2), et la garde parentale ou familiale (3).

Le Danemark comme la Suède a un système de garde formelle très développé pour les 0-3 ans et donc les parents n’ont pas recours à la garde informelle (pas ou mal rémunérée, non qualifiée et/ou assurée par des amis ou des proches). La Suisse, la Pologne, la Grèce sont des pays ayant un taux inférieur à 50% de préscolarisation d’enfants de 3 à 6 ans de tous les pays européens.

*Mathématicien






 
 

AGEFI



...