La République et les tartuffes

mardi, 12.11.2019

Alain Max Guénette*

Alain Max Guénette

L’attaque d’une mosquée, à Bayonne récemment, a été la cause d’un appel à manifester dans de grandes villes de notre voisine France. Disons-le d’emblée et répétons-le autant qu’il le faudra, ce genre d’attaque est condamnable, inexcusable et doit être puni. Et il est bien légitime de manifester son mécontentement ou sa colère, d’autant plus que cela est permis dans notre espace public. A cet égard, rendons grâce, quoiqu’en disent les prophètes pour qui il n’y aurait personne à qui rendre grâce, à celles et ceux qui à force de combats courageux nous ont légués tant de valeurs et de libertés.

Une attaque indigne a donc été la cause de l’appel à manifester dans de grandes villes de notre voisine contre l’«islamophobie» et c’est là que le bât blesse. Ce vocable, islamophobie, a pourtant été critiqué par les esprits républicains les plus lucides depuis son invention et continue heureusement de l’être. Utilisé par des personnes se réclamant ouvertement, quand ils en ont le courage, de l’idéologie des frères musulmans, il veut créer une confusion dans les esprits. On sait aussi que ces personnes ne représentent qu’une minorité de la communauté des croyants. Seuls 25% des musulmans en France souhaitent que les lois de la sharia en viennent à se substituer à celles de la République. 25% quand même… qui lancent régulièrement ce mot à la face de la République - française en l’occurrence - supposée liberticide et vouée aux gémonies. Tartufferie assurément. Mais pourquoi la France? Parce qu’elle est laïque! Plus encore, parce qu’elle est le seul pays laïc!

La France est le pays qui a inventé la laïcité et elle est sans doute le seul à s’en réclamer véritablement. Passons sur l’Angleterre où l’on a eu du mal à traduire le mot. Bien sûr, d’autres pays s’en réclament, par exemple le Portugal qui a effectué une séparation entre l’Église et l’État mais qui, juste après l’avoir fait, a reconnu la religion catholique comme religion d’État! Bien sûr, il y a la Belgique, qui met cependant la laïcité au niveau des religions. Chez nous, deux d’entre les cantons se revendiquent laïques, mais l’un d’entre eux, celui de Neuchâtel, reconnaît tout de même trois religions! On pourrait dresser une liste, pour finalement affirmer que la France est sans conteste le seul pays qui a institué une séparation nette entre l’État et les religions, le premier protégeant à travers le droit de culte les secondes. La loi de 1905 en est la garante. Fustigée par les thuriféraires du communautarisme, voilà ses défenseurs traités de «laïcards», comme naguère par un théologien musulman genevois mis à mal avec sa propre morale - mais on connaît ça chez les prêcheurs et autres rhéteurs.

La France est la cible de tous les communautaristes qui n’ont qu’un but: détricoter la laïcité française, jusqu’à défaire les mailles de l’égalité hommes-femmes. Certains esprits dont on ignore pas la possible bonne foi devraient remonter aux racines de la laïcité et d’autres ne pas se laisser aller à des complicités de croyants. Le rédacteur en chef du journal satirique Charlie Hebdo écrit dans un récent ouvrage que ne pas défendre les valeurs laïques lui fait penser aux postures collaborationnistes en France («qui s’accommodent d’une idéologie totalitaire»). Je le pense avec lui.

* Ancien professeur, HES-SO 






 
 

AGEFI




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