Le Golfe craint des représailles iraniennes

samedi, 04.01.2020

La réponse de Donald Trump à l'attaque contre l'ambassade américaine de Bagdad peut provoquer une nouvelle guerre dans une région où l'armée américaine est déjà embourbée.

Aziz el Massassi *

Sur Twitter, le ministre d'Etat émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash a appelé à "la sagesse et la mesure".

Alliés des Etats-Unis, des pays arabes du Golfe redoutent que l'Iran ne les frappe de représailles après l'assassinat d'un puissant général iranien dans une attaque américaine en Irak, selon des experts. Le raid a aussi tué un leader irakien pro-iran.

"Abou Dhabi et Ryad ont tous deux été très inquiets des développements en Irak du week-end, craignant que l'Iran ne réponde contre les forces américaines présentes sur leur territoire", explique Andreas Krieg du King's College à Londres.

D'ailleurs les prédécesseurs de Donald Trump craignaient aussi que l'élimination de Qassem Soleimani, chef de la Force Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures de l'Iran, ne provoque une nouvelle guerre dans une région où l'armée américaine est déjà embourbée en Afghanistan et en Irak.

Mais après trois ans d'escarmouches avec les factions pro-iraniennes dans la région, qui ont culminé par une attaque cette semaine contre l'ambassade ultrasécurisée des Etats-Unis à Bagdad, le président américain a conclu qu'il valait mieux prendre ce risque.

Appel à la retenue

"Si tous les pays du Golfe ont condamné l'attaque de l'ambassade américaine à Bagdad par l'Iran, aucun d'entre eux ne prendrait le risque, à ce stade, d'être entraîné dans cette spirale d'escalade de violence", estime Andreas Kreig.

Les Emirats arabes unis, allié de Washington et Ryad dans leur rivalité contre Téhéran, ont été le premier pays du Golfe a réagir. Sur Twitter, le ministre d'Etat émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash a appelé à "la sagesse et la mesure".

"C'est une immense escalade dans une région déjà instable qui ne peut se permettre davantage de tension", a tweeté Jaber al-Lamki, un responsable de la communication au gouvernement émirati.

L'Arabie saoudite a appelé à "la retenue pour éviter tout ce qui pourrait aggraver la situation" et accusé les actions de "milices terroristes" d'être à l'origine de l'escalade de la violence par la voix de son ministère des Affaires étrangères.

Action coordonnée redoutée

L'Arabie saoudite et les Emirats "doivent s'inquiéter (...) des risques pour leur société et leur économie", affirme Sanam Vakil, spécialiste du Golfe au centre de réflexion britannique Chatham House. Ces derniers mois, les tensions se sont intensifiées dans la région avec des attaques de pétroliers dans les eaux du Golfe attribuées à Téhéran, qui dément.

Les alliés de l'Iran ont eux la capacité de mener des attaques contre les bases américaines dans le Golfe, contre les pétroliers et les navires dans le détroit d'Ormuz ou de cibler directement les alliés de Washington, Arabie saoudite en tête. Après la mort du général Soleimani, l'Iran a appelé à la "vengeance", une menace relayée par ses alliés régionaux comme les paramilitaires irakiens du Hachd al-Chaabi, le mouvement chiite libanais Hezbollah ou les rebelles yéménites Houthis.

"Il s'agit de ce moment que les analystes redoutaient et contre lequel ils ont mis en garde: celui où les alliés de l'Iran dans la région vont être appelés à se mobiliser et à le soutenir", observe Sanam Vakil. Ces alliances, qui restent "assez distinctes les unes des autres", pourraient "être reliées entre elles de manière transnationale", selon la chercheuse.

"Y aura-t-il une action militaire coordonnée dans la réponse entre les Houthis, le Hezbollah, le Hachd et l'Iran lui-même? C'est probablement le pire scénario", estime-t-elle.

"Sans dommage collatéral"

Mais pour Mme Vakil, "la cible la plus facile" est l'Irak, où la République islamique est la plus influente. Car, selon les observateurs, ni Téhéran, ni ses rivaux arabes du Golfe n'ont intérêt à un conflit ouvert dans le Golfe.

La timidité de la réaction américaine aux attaques attribuées à l'Iran mais revendiquées par les Houthis contre des installations pétrolières saoudiennes majeures en septembre a conduit Ryad et Abou Dhabi à "adopter une approche plus conciliante envers l'Iran" et à "éviter à tout prix une confrontation", analyse Andreas Kreig.

Si Téhéran décidait de cibler les forces américaines dans le Golfe, il devrait le faire sans compromettre cette volonté de détente, en ciblant "les troupes américaines directement sans dommage collatéral".

"Diabolisation des Etats-Unis"

Pour Aziz Alghashian, spécialiste des relations internationales au Moyen-Orient, l'assassinat du général Soleimani aura surtout pour conséquence "d'intensifier la diabolisation (par les Iraniens) des Etats-Unis mais va peut-être les dissuader d'agir".

"C'est pourquoi les frappes américaines sont importantes: elles ont délivré un message fort à l'Iran, et à ses alliés. Si les responsables américains sont pris pour cible, il y aura une réponse forte", explique à l'AFP ce maître de conférence à l'Université de l'Essex.

Selon lui, l'Iran va donc éviter de cibler le personnel américain mais pourrait s'en prendre à "des cibles saoudiennes et émiraties pour prétendre riposter contre les Etats-Unis, mais cela sera très probablement symbolique". (ats)

* afp






 
 

AGEFI




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