Belle opportunité pour des nouveaux emprunts de l’Italie

mercredi, 18.09.2019

La récente baisse des taux permet au gouvernement de mener à bien son programme d’emprunts pour 2019.

Gianni Pugliese*

Beau temps et mauvais temps ne durent pas tout le temps. L’Italie a son nouveau gouvernement de coalition, cette fois-ci entre le parti démocrate et le mouvement des cinq étoiles. Et, cerise sur le gâteau, le marché lui offre une belle opportunité. En effet, la récente baisse prononcée des rendements sur ses obligations souveraines (BTPs) permet au pays de mener à bien son programme d’emprunts pour 2019. Le coût de la dette a atteint des plus bas historiques, les investisseurs ayant accueilli de manière optimiste l’arrivée au pouvoir d’une formation politique moins hostile envers l’Europe. 

Le succès doit être toutefois nuancé. Non seulement il faut le resituer dans un contexte de taux d’intérêts négatifs et donc de quête du rendement, mais la prime de risque sur la dette transalpine demeure largement supérieure à celle de ses homologues européens. Il n’empêche que les rendements des BTPs sont à présent négatifs sur les maturités jusqu’à 3 ans, ce qui pousse des spécialistes à penser que le pays se dirige vers un statut «semi-core» au sein des émetteurs de la zone euro. 

Incertitudes tenaces

La réussite du lancement d’un nouvel emprunt sur le primaire renforcerait encore le sentiment positif et pourrait même favoriser les négociations budgétaires entre Rome et Bruxelles. Mais le marché n’oublie pas les incertitudes. Si les rendements ont chuté en août dernier, il reste encore un écart important de 107bp entre les maturités à 2 et 10 ans, sur la courbe des BTPs. Cet écart est plus étroit dans le cas des pays considérés plus stables. L’Espagne (+67bp) et la France (+44bp), par exemple, ont bénéficié de l’aplatissement de leurs courbes respectives, les rendements longs ayant chuté plus fortement que les courts. L’écart n’est que de 21bp sur la courbe allemande. Pourtant, certains investisseurs, moins frileux et/ou plus avides de rendement, pensent que se positionner sur la partie longue de la courbe des BTPs peut s’avérer une stratégie payante. 

L’année dernière, l’Italie a eu du mal à trouver preneur pour ses emprunts à long terme. Mais l’apaisement actuel des tensions politiques et la quête de rendement offrent une fenêtre d’opportunité. Le pays a déjà atteint près de 80% de son objectif de 250 milliards d’euros d’emprunts, une bonne chose de faite. Mais il pourrait accélérer le programme, le terminer avant l’heure et même commencer à préfinancer 2020. D’ailleurs, pourquoi ne pas rallonger la durée moyenne de la dette puisqu’il n’en coûte moins que 2% pour lever des fonds à très long-terme? Le Trésor italien va donc devoir évaluer la demande des investisseurs afin d’étudier la faisabilité d’un nouvel emprunt à 20, voire même 30 ans. 

Si la chasse au rendement observée cet été devait perdurer, il pourrait tenter d’émettre jusqu’à 10 milliards d’euros. Ce serait un coup d’éclat pour la nouvelle coalition. Et compte tenu de la nature volatile de la politique italienne, mieux vaut améliorer le profil de la dette lorsque le soleil brille.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




...