Le virus dévoile la fragilité de l’économie mondiale

mercredi, 04.03.2020

La propagation du Covid-19 révèle que les dernières années haussières reposent en réalité sur une base très fragile.

Kim Fournais*

Kim Fournais

Nous participons depuis longtemps à la plus grande expérience de politique monétaire de l’histoire. Avec les efforts croissants des banques centrales pour stimuler l’économie, les marchés financiers sont confrontés, de mon expérience, à l’un des phénomènes les plus paradoxaux et les plus dangereux: les taux d’intérêt négatifs.

Le marché du logement

À première vue, le tableau semble prometteur: les marchés se sont redressés ces dernières années, permettant d’obtenir des rendements attractifs à la fois pour les épargnes retraites et les investisseurs. Dans le même temps, la faiblesse des taux d’intérêt a stimulé le marché du logement, grâce à l’accès au crédit.

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Pourtant, en creusant on découvre quelques ombres à ce tableau. En effet, les taux d’intérêt négatifs transforment les incitations naturelles, saines et rationnelles, en quelque chose de dangereux, qui punit les comportements optimaux et récompense la prise de risques excessifs.

Que font les clients des banques avec leur épargne lorsque leurs liquidités valent 0,7 % de moins chaque année, hors inflation? Comme beaucoup, ils achètent des appartements, des maisons, ou encore des actions et obligations, soit des actifs qui ont tous connu un marché haussier historiquement long. A terme, les logements deviennent toujours plus chers à l’achat – et, soit dit en passant, à l’entretien, lorsque la conjoncture s’inversera –, les prix continuant de croître dans un cycle infernal, jusqu’à ce que le marché du logement devienne pratiquement inaccessible. Le tout avec de lourdes conséquences sociales et sociétales.

TINA «there is no alternative»

Bien sûr, nombreux sont aussi ceux à s’orienter vers les produits d’investissement, qui ont connu de bons rendements par le passé, et à renforcer ainsi l’attractivité de ces produits - du moins temporairement. Car en réalité, l’argent inonde des marchés certes haussiers, mais qui ne sont soutenus par aucune croissance, ni productivité. Ce phénomène porte un nom: on l’appelle de façon déprimante TINA - «there is no alternative».

Que se passera-t-il le jour où la confiance dans ce «système de Ponzi» se fissurera? Que faire le jour où les investisseurs décideront de se libérer d’obligations à 30 ans, qui n’ont en réalité pas généré le moindre rendement? Comment réagira le marché le jour où il se rendra compte que sa vitalité repose sur des prêts d’argent essentiellement gratuit, à des personnes devenues insolvables?

La chute sera brutale, l’exemple japonais

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, la belle histoire des marchés financiers ne fera pas exception. Et la chute sera brutale. Il existe une expression bien connue sur les marchés financiers pour résumer la situation: «You take the long staircase up, but the fast lift down.»

Le Japon est un bon exemple de la façon dont la croissance financée par la dette peut s’effondrer du jour au lendemain, et être difficile à redresser. En fait, le marché japonais, qui a atteint un sommet au début de 1990, ne vaut aujourd’hui que la moitié environ de son pic. Dans les années 80 et au début des années 90, beaucoup pensaient que le Japon était sur le point de dépasser toutes les autres nations. Cela ne s’est pas passé ainsi.

Quand tout va bien depuis quelques années, on oublie combien l’humeur peut vite changer. Chez Saxo Bank, nous parlons avec nos clients de la meilleure façon de naviguer dans ce monde complexe.

La gestion des risques est aujourd’hui plus importante que jamais, tant pour les particuliers, les entreprises, y compris les banques, que pour les États. 

Un défi économique et politique

Il est enfin temps que les sociétés se réunissent et prennent les décisions audacieuses qui s’imposent à long terme pour renforcer notre productivité et soutenir la croissance, nécessaire au développement du monde et à la recherche de solutions technologiques à nos nombreux défis. Les réformes doivent créer une situation gagnant-gagnant entre les citoyens, les entreprises et les sociétés, et assurer la compétitivité dans un monde qui évolue et s’améliore constamment.

Cela nécessite une gestion saine et efficace, des technologies modernes dans tous les domaines, ainsi que des incitations appropriées. Ce défi n’est pas qu’économique, il est aussi politique. Plus que jamais, il doit figurer en tête de tous les programmes de partis, indépendamment de la couleur et des tendances politiques.

*CEO Saxo Bank






 
 

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