Comeback des emprunts d’entreprises en janvier

jeudi, 24.01.2019

La priorité serait à des secteurs défensifs tels que santé publique, télécommunications et services aux collectivités.

Oliver Reinhard*

Le début d’année fulminant des emprunts d’entreprises internationaux n’était pas une surprise, et nous confirme pour le moment qu’en 2018 une réévaluation substantielle a eu lieu chez les corporates. 

En principe, on peut s’attendre pour l’ensemble de l’année 2019 à des rendements positifs dans les catégories d’actifs US Dollar Investment Grade et Emerging Markets ainsi que pour les high yield bonds globaux. Dans la perspective du franc suisse, il sera éventuellement possible de dégager des bénéfices en fin d’année, et ce malgré le coût encore élevé de la couverture du risque de change. 

La situation est plus délicate en ce qui a trait aux emprunts en francs et en euros, qui commencent l’année avec un handicap, la performance globale étant affaiblie par les rendements minimes des emprunts d’Etat.

L’évaluation positive repose aussi bien sur une macro-estimation que sur l’évaluation fondamentale du marché des emprunts au sens large. Les indicateurs précoces autrefois fiables du marché du travail américain, ainsi que les sondages réguliers de la Fed auprès des grands établissements de crédit américains (Senior Loan Officer Survey), suggèrent un très probable maintien des taux de défaillance bas sur le marché high yield américain. 

Nous pouvons nous attendre à la même évolution en Europe. Les évaluations laissent entrevoir que les obligations à haut rendement américaines ont trouvé l’année dernière un nouvel équilibre entre offre et demande suite à l’augmentation du spread de crédit. En ce qui concerne le marché global des junk bonds, la rémunération courante a subi une hausse de plus de deux points pour atteindre aujourd’hui quelque 7 %, ce qui devrait représenter une compensation suffisante même en cas de recrudescence de la volatilité.  Les influences actuelles du marché telles que l’augmentation du prix du pétrole depuis le début de l’année sont les principales responsables de ce démarrage en trombe du marché high yield américain en ce mois de janvier. Ce nonobstant, il faut s’attendre sur l’ensemble de l’année à moins de volatilité du secteur énergétique, car de nombreuses entreprises ont tiré la leçon de la crise pétrolière de 2015, des contrats ont été renégociés et les nouvelles garanties de prix s’avèrent efficaces.

Les marchés émergents deviennent intéressants

Dans le cadre des emprunts investment grade globaux, on peut donner la priorité à des secteurs plus défensifs tels que santé publique, télécommunications et services aux collectivités, la bonne situation initiale des marchés émergents étant particulièrement intéressante. 

Ces derniers sont attractifs d’une part en raison de leurs bilans nettement meilleurs que ceux des puissances industrielles, et d’autre part en raison des mécanismes techniques du marché. On entend par là des nouvelles émissions nettes d’investment grade corporates qui sont selon les estimations des banques d’investissement au creux de la vague et ne devraient pas dépasser les 20 milliards de dollars en 2019. Une dynamique intacte de la demande est d’ailleurs très probable en raison de taux d’intérêts guère plus élevés aux Etats-Unis. 

Les dernières évolutions du front des devises sont également favorables aux marchés émergents. En outre, avec seulement quatre élections importantes (Argentine, Inde, Indonésie et Thaïlande), au niveau politique également 2019 sera moins mouvementée que 2018. 

Une faible hausse des rendements des US Treasuries aurait elle aussi des répercussions positives sur les obligations investment grade américaines. Vers la fin 2018, celles-ci ont subi une correction plus prononcée que leurs pendants européens, ce qui leur permet aujourd’hui de réaugmenter  leurs primes de risque. 

Les investisseurs orientés sur le long terme peuvent à nouveau réaliser avec les titres à longue échéance un rendement d’environ 5 % en dollars.

*Senior Portfolio Manager, Fisch Asset Management






 
 

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