La baisse des exportations iraniennes d’or noir creuse l’écart entre l’essence et le diesel

mardi, 07.05.2019

La prévision d’une diminution des exportations iraniennes va continuer de pousser les cours à la hausse. Aucune contre-mesure rapide n’est à attendre de la part de l'Arabie saoudite ni des producteurs américains de pétrole de schiste.

Manne Rasmussen*

Le président américain, Donald Trump, a décidé de ne pas prolonger les dérogations en matière d’importation de pétrole iranien, qui expirent le 2 mai, déterrant ainsi la hache de guerre contre la république islamique. Même s’il prétend que les Etats-Unis et les autres membres de l’OPEP compenseront une probable baisse de l’offre, les cours du pétrole ont déjà nettement grimpé. Une situation qui va à présent encore s’aggraver. L’Iran a exporté 1,2 million de barils de pétrole par jour au premier trimestre. En mai, ce chiffre va tomber à environ 500.000 barils par jour.

Les cours vont continuer de prendre de la hauteur à court terme, étant donné que l’Arabie saoudite n’interviendra que lorsque le manque de brut se fera réellement ressentir sur le marché. Les producteurs américains de pétrole de schiste ne seront pas en mesure de réagir rapidement, car la faiblesse passée des cours a limité leur production, plus coûteuse, et les investissements infrastructurels dans ce secteur.

«Medium Sour»

La diminution de l’approvisionnement en pétrole iranien devrait conduire à une augmentation généralisée des cours du pétrole et de tous les produits dérivés (diesel, essence, etc.). L’écart de prix entre le diesel et l’essence va particulièrement se creuser.

Le déficit d’exportations iraniennes concerne principalement le pétrole brut de type «Medium Sour», tandis que l’Arabie saoudite et les Etats-Unis produisent davantage de «Light» (léger). Cette différence de qualité disponible pose problème aux raffineries, qui dépendent de types de brut particuliers pour la transformation et la fabrication de produits finaux donnés. Les produits finaux sont formés par un processus physique de séparation appelé distillation, au cours duquel le pétrole brut est scindé en fractions de poids différents (gaz liquide, essence, kérosène, diesel, etc.). La transformation du pétrole brut permet en principe de fabriquer toute la gamme de produits finaux, mais en quantités différentes selon la qualité du brut. Le pétrole brut «léger» et «doux», par exemple, se prête particulièrement bien à la fabrication d’essence, tandis que le pétrole lourd donne davantage de diesel ou de mazout de chauffage.

La perte du brut iranien renforce un déséquilibre mondial de l’offre entre les différentes catégories de pétrole brut. D’une part, le Venezuela connaît depuis un certain temps des difficultés politiques qui ont nettement freiné la production de brut du pays. D’autre part, la production américaine de pétrole de schiste concerne principalement le pétrole «léger». A cela s’ajoute le fait que l’Organisation Maritime Internationale (OMI) a édicté de nouvelles prescriptions modifiant les règles applicables au transport maritime international en matière de teneur maximale en soufre contenue dans le carburant utilisé pour les navires. 

Les compagnies maritimes vont se trouver contraintes de renoncer au fuel de soute au profit de carburants plus pauvres en soufre, comme le diesel, et la demande en pétrole brut de manière générale, et en particulier pour certains produits de distillation, va dès lors augmenter et très probablement creuser les différences de prix entre le diesel et l’essence. Les nouvelles prescriptions de l’OMI pourraient faire augmenter la demande en produits de distillation d’au moins 0,4 million de barils par jour. 

Manque de diesel

Pour répondre à cette demande, il faudrait traiter 1,6 million de barils de pétrole brut de plus par jour. Etant donné que la transformation du pétrole brut produit inévitablement différentes quantités d’essence selon la qualité utilisée, la production d’essence devrait augmenter de 0,8 million de barils par jour. Ces estimations se basent sur l’hypothèse que la hausse généralisée de la demande en pétrole sera satisfaite principalement par du brut «léger», que les raffineries utilisent principalement pour produire de l’essence. Cela signifie que les raffineries auront du mal à produire toute la gamme des produits de distillation dans les proportions demandées par le marché. On peut donc s’attendre à une offre insuffisante de certains produits de distillation, notamment le diesel, et au contraire à un excédent d’essence.

Au vu de cette situation du marché, les investisseurs en matières premières qui adoptent une approche active ont intérêt à se positionner en vue d’une hausse des cours du pétrole brut et sur les qualités de brut et les produits finaux (diesel, gazole) appropriés, et à se protéger contre une sous-performance des prix de l’essence.

*Senior Portfolio Manager, Vontobel Asset Management






 
 

AGEFI



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