Le Tessinois Marco Chiesa élu à la présidence de l’UDC

samedi, 22.08.2020

La présidence de l’UDC s’est trouvée un successeur à Albert Rösti, en la personne du conseiller aux États tessinois Marco Chiesa.

Élu au Conseil des États lors des élections fédérales d’octobre dernier, Marco Chiesa succède désormais à Albert Rösti à la tête de l'UDC Suisse (archives).(keystone)

Marco Chiesa succède à Albert Rösti à la présidence de l’UDC. Les 350 délégués du parti l’ont largement élu samedi à Brugg (AG). Âgé de 45 ans, le conseiller aux États tessinois est le premier Latin à présider le parti. Il a annoncé une ligne stricte et inchangée.

«Nous n’allons pas changer notre programme pour paraître plus sympathique», a averti Marco Chiesa sous les applaudissements après son élection. Il a notamment plaidé pour la fin de la libre circulation des personnes à travers un «oui» à l’initiative dite de limitation de l’immigration. Son épouse et ses deux enfants l’ont rejoint sur scène à la fin de son discours.

Élu à la Chambre des cantons lors des fédérales d’octobre dernier, le Tessinois a été soutenu par une large majorité de délégués. Au moment de compter les voix de ses partisans, ces derniers se sont toutefois levés pour applaudir le nouveau président. Un réel décompte s’est donc révélé impossible.

«Jeune rassembleur»

Président de la commission de sélection, l’ancien conseiller national Kaspar Baader a rendu hommage à la «ligne politique claire» de Marco Chiesa et à son travail de bâtisseur de la section tessinoise de l’UDC. «Le fait qu’il vient de la Suisse latine sera idéal pour ramener l’UDC romande sur la voie du succès», a-t-il souligné.

La commission a souhaité proposer une personnalité rassembleuse et prête à rester en place durant environ huit ans, alors que le parti se trouve aujourd’hui «dans une phase difficile». Elle a aussi souhaité désigner une personne de moins de 50 ans pour mieux s’adresser aux jeunes, a justifié Kaspar Baader.

Nomination critiquée

Candidat à la présidence, le conseiller national argovien Andreas Glarner s’était retiré de la course, suite au choix de la commission de sélection. Conseiller national zurichois, Alfred Heer n’en a pas fait de même. Durant l’assemblée, le président de la section zurichoise Benjamin Fischer s’en est chargé pour lui en retirant la proposition de l’UDC zurichoise.

Quelques délégués ont critiqué la nomination de Marco Chiesa, peu connu du grand public, alors qu’Andreas Garner et Alfred Heer avaient «fait leurs preuves».

Par ailleurs, les délégués ont réélu à la vice-présidence du parti la Genevoise Céline Amaudruz ainsi que la conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher. Le conseiller national lucernois Franz Grüter succède, lui, à Marco Chiesa en tant que troisième vice-président.

«Blochérien souriant»

Dur sur le fond, mais modéré dans le style, le conseiller aux États tessinois est proche de la ligne de Christoph Blocher. Le politologue tessinois Oscar Mazzoleni décrit ainsi le nouveau président de l’UDC comme un «Blochérien souriant». Sur les questions de l’immigration, des travailleurs frontaliers, de l’asile et de l’Europe, le Tessinois est exactement sur la même ligne que le stratège du parti, relève le professeur à l’Université de Lausanne.

Mais il passe aussi bien en société, il veut plaire et cherche le dialogue. Grâce à cette politique, il a réussi à remporter un siège au Conseil des États pour la plus petite section du parti, celle du Tessin.

Selon Oscar Mazzoleni, Marco Chiesa devra toutefois travailler dur pour être accepté en Suisse alémanique et parvenir à y mobiliser les sections locales. L’UDC reste en effet malgré tout d’abord un parti alémanique. Le Tessinois pourrait dès lors avoir des difficultés à se rapprocher des membres de la formation au sein des villages et des communes.

Succès contre Lombardi

Âgé de 45 ans, Marco Chiesa représente son canton depuis déjà cinq ans au Parlement. Il a réussi son plus grand coup politique à l’automne dernier, lorsqu’il est arrivé en tête de la course au Conseil des États, détrônant le poids lourd du PDC Filippo Lombardi. Ce succès a fait la une des journaux alémaniques, pour l’une des rares victoires électorales de l’UDC.

Le Tessinois, marié et père de deux enfants, n’est pas un néophyte au sein du parti. Il a été élu à la vice-présidence de l’UDC avec la conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher au printemps 2018. Cette même année, il a également pris la vice-présidence de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN).

D’abord un refus

Le successeur du bernois Albert Rösti était dès le début l’un des candidats préférés de la commission de sélection. En février, il avait tout d’abord renoncé à sa candidature pour des raisons professionnelles. Entre-temps, il a démissionné de son poste de directeur d’une maison de retraite.

«J’ai renoncé à ce poste non seulement en vue d’une éventuelle élection, mais aussi parce qu’il était de plus en plus incompatible avec mon mandat de conseiller aux États», avait-il précisé dans la presse.

Marco Chiesa s’est également exprimé en faveur d’une indemnisation pour le président de l’UDC, qui était jusqu’ici une fonction honorifique non rémunérée. Le Bureau de la direction du parti a finalement décidé d’accorder une indemnité forfaitaire «équitable» au nouveau président du parti pour couvrir ses frais, mais pas de salaire.

Politicien précoce

Originaire de Lugano, Marco Chiesa a obtenu en 1999 une licence en économie d’entreprise à l'Université de Fribourg, avant d’obtenir d’autres titres académiques par la suite. Outre l’italien, il parle couramment le français et bien l’allemand.

La carrière politique du nouveau président de l’UDC a commencé très tôt. Dès 2001, il est élu au Conseil communal de la petite commune de Villa Luganese, avant de siéger au Conseil communal de Lugano, puis au Grand Conseil tessinois, où il a été chef de groupe.

Une cloche pour Albert Rösti

Le président sortant Albert Rösti a reçu samedi les éloges de Magdalena Martullo-Blocher en clôture d’assemblée après quatre ans de mandat. Le parti lui a offert une grande cloche de vache gravée de son nom.

Lors de son dernier discours face aux délégués, en ouverture d’assemblée, Albert Rösti a vanté les mérites de l’UDC, grâce à laquelle, selon lui, restaurants et magasins ont pu rouvrir plus tôt que prévu à la fin du semi-confinement. Et de souligner qu’il n’y a pas de contradiction entre économie et santé.

Port du masque peu respecté

L’assemblée s’est déroulée en présentiel, mais avec des mesures de protection sévères en raison du coronavirus. La salle était divisée en secteurs de 100 personnes contrôlées à l’entrée.

Malgré les recommandations du parti, seuls quelques délégués ont porté un masque dans la salle comble. Albert Rösti les a rappelés à l’ordre: «Le pire serait que nous devions tous aller en quarantaine la semaine prochaine.»

Mots d’ordre sans surprise

Les délégués se sont aussi prononcés sur trois objets de votations fédérales soumis au peuple le 27 septembre. Ils ont soutenu à l’unanimité l’initiative du parti «pour une immigration modérée». Ils en ont presque fait de même – moins une opposition et deux abstentions – avec l’achat de nouveaux avions de combat. Le congé paternité de deux semaines, défendu par Céline Amaudruz, a été balayé par 318 «non» contre 32 «oui» et 2 abstentions.

Vendredi, le comité du parti s’était chargé de donner le mot d’ordre sur la déduction fiscale pour enfants dans l’impôt fédéral direct. Il a soutenu le «oui». Les délégués s’étaient déjà prononcés préalablement sur la loi sur la chasse en l’approuvant.(ats)






 
 

AGEFI



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