La pollution numérique: une réalité

lundi, 24.06.2019

Patrick Joset*

Il a beau être dématérialisé, le monde numérique représente une source de pollution substantielle. Les emails que nous recevons nous incitent d’ailleurs à penser à l’environnement et ne pas les imprimer. Au passage, il n’est pas du tout prouvé que l’économie de papier ainsi réalisée soit supérieure à celle de l’énergie consommée pour conserver une trace de ces courriels.

On a aujourd’hui les moyens de quantifier l’empreinte carbone de la numérisation. Environ 7 grammes de CO2 sont produits pour une simple recherche sur internet. L’envoi d’un e-mail pèse 19 grammes de CO2. L’utilisation de l’email par une entreprise de 100 salariés en produit environ 136 kg par employé chaque année. Les chiffres des différentes études sont unanimes: les technologies de l’information et de la communication seraient responsables d’au minimum 2% des émissions de CO2 de l’ensemble de la planète... Soit l’équivalent de la pollution émise par le transport aérien, pourtant bien plus décrié.

Soi-disant recyclage

Les trois étapes du cycle de vie d’un appareil digital – sa production, son utilisation et son élimination – consomment beaucoup d’énergie. Et génèrent des pollutions bien réelles! Déjà lors de l’extraction à l’aide de produits chimiques polluants des matières premières, souvent rares, pour leur fabrication. Puis par les conditions dans lesquelles ces appareils sont usinés. Enfin lors de leur soi-disant recyclage, à hauteur de seulement 20 pourcent, dont les déchets finissent dans des décharges en Afrique ou en Asie.

Modifier la tendance

L’utilisation quotidienne des moyens informatiques n’est pas en reste. L’électricité consommée par les appareils numériques est malheureusement encore largement produite avec des centrales émettant des gaz à effets de serre. Les datacenters consomment une bonne partie de cette électricité, surtout pour leur refroidissement. Car une ferme de serveurs, ça chauffe! La Suisse, avec ses 74 datacenters, figure au 5e rang mondial des pays qui en comptent le plus. Ça équivaut à 180.000 mètres carrés ou 24 terrains de foot. Et 3% de l’ensemble de l’énergie suisse est consommée par ces datacenters.

Mais les technologies digitales représentent aussi une source encore peu exploitée d’économies d’énergie. Elles modifient déjà nos modes de consommation. Des exemples? Les bâtiments équipés de technologies intelligentes permettent de réduire considérablement la consommation d’énergie, tant pour le chauffage que pour la climatisation ou la lumière. La disponibilité de l’internet rapide presque partout rend possible le travail mobile. 

Réserves de rendement

Le recours systématique aux réunions virtuelles et au télétravail permet de diminuer les émissions de CO2. Et contribue non seulement à réduire la surface de bureaux, mais aussi à restreindre les trajets des pendulaires motorisés. Qui sont avertis par GPS des bouchons et peuvent différer leur voyage en contribuant ainsi à diminuer la pollution. Ou qui peuvent covoiturer grâce à de nouvelles plateformes web. 

Plus largement, l’agriculture et l’industrie recèlent d’importantes réserves de rendement et de productivité. Ceci notamment grâce à l’utilisation des nouvelles technologies numériques et au recours à l’intelligence artificielle.

*Groupe ABISSA






 
 

AGEFI



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