La Fed au service du Trésor

mercredi, 16.09.2020

La politique monétaire de la Réserve fédérale américaine devrait rester inchangée ce soir. En 2020, ses annonces sont majoritairement intervenues en dehors du calendrier officiel.

Arthur Jurus*

Plus de 2150 milliards de dollars seront émis par le Trésor américain au second trimestre ce qui imposera de nouveaux rachats d’actifs.

L’annonce d’une nouvelle stratégie de politique monétaire fin août a confirmé cette habitude. La banque centrale ne cible plus un taux d’inflation proche de 2% mais en moyenne de 2%. Cette décision signifie que la Fed maintiendra les taux bas et poursuivra ses rachats d’actifs sur une période prolongée même si l’économie américaine venait à surchauffer ces deux prochaines années.

Cette décision était peu risquée. D’une part, la tendance demeure structurellement désinflationniste. Le taux d’inflation moyen diminue à chaque nouvelle décennie et s’avère inférieur à 2% depuis les années 2000. Les nouvelles prévisions de ce soir confirmeront cette tendance.

D’autre part, les émissions d’obligations du Trésor augmenteront fortement ces prochains mois. Plus de 2150 milliards de dollars seront émis par le Trésor américain au second trimestre ce qui imposera de nouveaux rachats d’actifs. La Fed devrait ainsi réitérer son attention portée aux discussions du Congrès concernant un nouveau plan budgétaire.

La décision de Jackson Hole justifie surtout d’expérimenter durablement la monétisation de la dette fédérale. Plutôt que de prévenir une hausse des prix, l’institution ne réagira que si l’inflation accélère durablement. Or, la croissance de la base monétaire étant plus forte et volatile que celle de la masse monétaire, les pressions inflationnistes n’interviendront pas avant plusieurs années. Enfin, son soutien plus actif à l’emploi traduit l’acceptation d’un déficit structurellement élevé et financé par ses interventions.

Les attentes des investisseurs concernant des plans de relance budgétaires répétés ces prochains mois relègueront au second plan l’objectif de stabilité des prix au profit de la stabilité financière. Ces 6 derniers mois, les taux américains sont restés stables en raison des rachats illimités d’obligations américains à un rythme à la discrétion de la Réserve Fédérale.

Dans ce contexte, ni une politique de contrôle des taux, ni une potentielle baisse des taux négatifs – actuellement exclues par les officiels, ne seraient justifiées. L’institution monétaire devrait conserver son ton prudent sur l’évolution de la reprise économique, notamment sur le marché du travail, et répéter que ses prévisions, qui seront étendues à 2023, restent incertaines.

L’attention de fin d’année porte désormais sur la politique budgétaire et les élections américains de novembre.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



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