Une nouvelle gouvernance pour la BCE

mercredi, 09.09.2020

La politique de la Banque centrale européenne devrait rester inchangée jeudi, mais l'institution pourrait devancer ses consœurs avec l'annonce d'un verdissement de sa stratégie.

Arthur Jurus*

Arthur Jurus, chef économiste Landolt & Cie.

La politique de la BCE devrait rester inchangée jeudi car l’environnement ne nécessite pas de réaction immédiate. D’une part, la reprise se poursuit mais l’incertitude persiste en raison de la situation sanitaire et d’une vague de défaut des entreprises qui devrait advenir en fin d’année. D’autre part, les investisseurs priorisent davantage les annonces budgétaires à celles monétaires. Le plan de relance européen a confirmé qu’une réponse coordonnée des décideurs économiques en zone euro existait encore en 2020. Enfin, le risque de fragmentation s’est réduit et les dettes de la périphérie européenne bénéficient toujours d’une demande élevée ce qui favorise la baisse de leurs taux d’intérêt.

Cette nouvelle réunion de l’institut monétaire de Francfort apportera néanmoins deux nouveautés. 

Le premier point d’attention concernera les perspectives économiques de 2021 en particulier (i) sur la persistance de la déflation et (ii) sur la vigueur de la reprise économique.

La zone euro est désormais en déflation (-0,2%). Cette situation pourrait persister et servirait d’argument à une nouvelle hausse des rachats d’actifs d’ici la fin d’année puisque l’évolution des prix reste le principal objectif de la BCE. Surtout, les prix importés pourraient davantage diminuer. Depuis les précédentes prévisions économiques de la BCE le 4 juin dernier, l’euro s’est ainsi apprécié de 5% face au dollar américain. La conséquence attendue sera une révision à la baisse des prévisions d’inflation.

La principale incertitude portera alors sur une modification du taux de croissance de l’économie européenne pour 2021. Certes, la reprise économique est plus forte et la dépréciation du dollar pourrait bénéficier au commerce mondial, mais la compétitivité-prix des exportations reste pénalisée par un euro dopé par les plans de relance budgétaire. 

Le second point d’attention aura attrait au renouvellement des objectifs de politique monétaire et donc de sa gouvernance.

L’adoption d’un objectif de taux d’inflation symétrique, c’est-à-dire en moyenne de 2% et non plus inférieur ou proche de 2%, n’est pas attendue dès septembre. En revanche, la BCE pourrait devancer les autres banques centrales en annonçant le verdissement de sa politique monétaire.

Une telle décision se traduirait (i) par une meilleure valorisation des garanties «vertes» apportées par les banques pour obtenir des liquidités, (ii) par un fléchage qualitatif des rachats d’actifs. Cela marquerait un tournant majeur puisque les rachats de la BCE s’appuient sur le principe de «neutralité de marché» c’est-à-dire par l’absence de discrimination entre les actifs.

Si plusieurs anciens officiels de la BCE avaient précisé que les rachats d’actifs n’étaient pas un outil de réallocation, leurs successeurs remettent en cause cette position. Ainsi, autant Christine Lagarde qu’Isabel Schnabel ont insisté sur le rôle central du changement climatique, en particulier par son impact sur la stabilité des prix. Un tel revirement serait significatif pour les investisseurs. La BCE détient déjà une obligation verte sur cinq et se prépare à racheter au moins 800 milliards d’euros d’actifs supplémentaires l’an prochain.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



...