Un tiers des entreprises renoncent à une couverture des risques de change

lundi, 07.01.2019

La plupart des entreprises prévoient une dégradation de la croissance économique en Suisse et une hausse des taux de la BNS. Un tiers d'entre elles renoncent entièrement à une couverture des risques de change.

En ce qui concerne l’évolution de l’euro, les entreprises interrogées restent critiques et tablent sur un rapport EUR/CHF à 1.15 jusqu’à fin 2019.(Keystone)

Le Credit Suisse a interrogé quelque 760 PME et grandes entreprises suisses sur leurs attentes en termes d’évolution conjoncturelle et des taux de change ainsi que leur gestion des risques de change. Elles tendent à prévoir une dégradation de la croissance économique en Suisse.

Près de la moitié des entreprises interrogées s’attendent à une hausse des taux de la BNS au plus tard d’ici au quatrième trimestre 2019. En ce qui concerne l’évolution de l’euro, elles restent critiques et tablent sur un rapport EUR/CHF à 1.15 jusqu’à fin 2019. Elles anticipent par conséquent les principaux risques politiques en Europe, notamment en Italie. 

Pour la troisième année consécutive, le Credit Suisse a réalisé une enquête auprès d’entreprises suisses pour connaître leur avis sur une sélection de thèmes susceptibles d’influencer l’économie mondiale, la politique des banques centrales, et par conséquent l’évolution des taux de change. Au total, quelque 760 entreprises ont participé, allant de l’entreprise individuelle au grand groupe. Alors que la plupart des participants à l’enquête (58 %) partent du principe que la croissance économique de la Suisse sera comparable à celle de l’année précédente, un tiers des entreprises (32 %) s’attendent à un ralentissement de la croissance plutôt qu’à une accélération (10 %). Cette attente est en grande partie conforme à l’analyse des économistes du Credit Suisse. En outre, selon environ la moitié des clients entreprises interrogés, la Banque nationale suisse devrait, pour la première fois depuis l’automne 2007, resserrer la vis des taux d’intérêt d’ici à la fin 2019 au plus tard.

Pas de renforcement de l’euro

Les résultats de l’enquête des années précédentes montraient déjà que les entreprises n’anticipaient pas une forte reprise en Europe, et donc pas non plus de renforcement de l’euro. Pour fin 2019, elles tablent en moyenne sur un rapport EUR/CHF à 1.15 (prévision CS: 1.20). Pour les couples USD/CHF et GBP/CHF, les prévisions des participants à l’enquête se situent à 0.99 et 1.26 (chiffres CS: 1.00 et 1.40). Les prévisions de change des entreprises interrogées ne se distinguent par ailleurs guère lors de l’examen de la branche, de l’activité du commerce extérieur (exportations/importations) ou de la taille de l’entreprise. Il en va autrement pour les cours de change qui sont pris en considération pour le budget annuel. Ici, les exportateurs établissent leurs budgets avec un franc nettement plus fort que les entreprises tournées vers les importations. La plupart des participants à l’enquête semblent donc intégrer une certaine marge de sécurité, comme les années précédentes.

Le franc suisse sous pression des banques centrales étrangères

En tant que «havre de sécurité», le franc suisse subit une pression à la hausse considérable, notamment dans les périodes d’incertitude politique ou économique. Selon les entreprises interrogées, ce sont les décisions de politique monétaire des banques centrales étrangères telles que la BCE ou la Fed qui devraient dans certains cas avoir la plus forte influence sur l’évolution du franc. Elles jugent l’endettement des ménages en Italie comme le principal risque hors politique monétaire, et considèrent l’influence des négociations actuelles sur le Brexit ainsi que le ralentissement de la croissance chinoise qui se profile comme les plus faibles risques.    

Achats en monnaies étrangères 

Pour les entreprises interrogées, l’achat et la vente de marchandises et de services en devises figurent à l’ordre du jour. Par nature, les risques de change pour les importateurs viennent au premier plan dans les contrats d’achat, qui sont rédigés à 71 % en monnaies étrangères tandis que la majorité des ventes sont réalisées en CHF. Chez les exportateurs, outre les ventes (72 %), les achats (57 %) sont également réalisés en majorité en monnaies étrangères – principalement en EUR et en USD. Cela reflète certainement le fait que leurs intrants proviennent majoritairement de l’étranger. Ainsi, la part de la «couverture naturelle des risques de change» est nettement plus élevée chez les exportateurs.Parmi les entreprises avec une part d’au moins 20 % en EUR (monnaie d’achat ou de vente), 27 % se couvrent contre les risques de change au moyen d’instruments financiers, tandis que près d’un tiers y renoncent entièrement. Concernant les entreprises exposées à l’USD, la part de couverture est nettement plus élevée. Cela s’explique dans de nombreux cas par le fait que ces entreprises n’achètent pas des marchandises et des services dans la même monnaie qu’elles les vendent, et ne profitent donc pas d’une «couverture naturelle du risque de change».

 

 






 
 

AGEFI



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