L'appétit pour les livraisons de repas ne rassasie pas Uber

vendredi, 07.08.2020

La plateforme de réservation de voiture a vu son chiffre d’affaires chuter de 29% en un an suite aux mesures de confinement liées au Covid-19. Les livraisons de repas à domicile ne lui ont pas permis de sortir des chiffres rouges.

Le segment des livraisons de repas à domicile a doublé ses revenus en un an pour atteindre 1,2 milliard de dollars. (Keystone).

Les livraisons ont rapporté plus d'argent à Uber que les trajets avec chauffeurs au deuxième trimestre, pour la première fois dans l'histoire de la plateforme de réservation de voitures, qui souffre toujours de la pandémie.

La société californienne a fait état jeudi d'une perte nette de 1,8 milliard de dollars (environ 1,6 milliard de francs) et de revenus en chute libre, pour la période d'avril à juin.

Son chiffre d'affaires a perdu 29% en un an, à 2,2 milliards de dollars (environ 2 milliards de francs), à cause de l'effondrement de la demande pour des trajets en voiture, lié aux mesures de confinement et à l'annulation de la plupart des évènements et voyages.

Les recettes tirées de cette activité ont plongé de 67%, à 790 millions de dollars (environ 720 millions de francs).

Nouvelle vache à lait

Les livraisons à domicile, principalement des repas, sont ainsi devenues la nouvelle vache à lait du groupe, grâce à l'appétit des consommateurs qui ne vont plus au restaurant. Ce segment a doublé ses revenus, pour atteindre 1,2 milliard de dollars (environ 1,1 milliard de francs).

On est encore loin du niveau pré-pandémie des trajets avec chauffeurs, mais «si les restrictions continuent ou sont de nouveau imposées, notre activité de livraisons va compenser», a assuré le patron Dara Khosrowshahi, lors d'une conférence téléphonique aux analystes.

En plus d'Uber Eats, l'entreprise a racheté début juillet l'application de livraison de repas Postmates pour 2,65 milliards de dollars (environ 2,4 milliards de francs), pour se muscler sur ce créneau avec un plus grand choix de restaurants et de marchands.

Elle explore aussi les livraisons de courses, un marché qui explose, avec sa nouvelle filiale Cornershop.

Magie et rentabilité

«Les consommateurs se sont rapidement habitués à la magie de voir arriver n'importe quel produit à leur porte en une demi-heure, comme la magie de la voiture qui se présente devant chez eux en quelques minutes», a remarqué Dara Khosrowshahi. «Cela représente une opportunité bien plus importante que même nous n'avions imaginé».

En attendant, le marché a sanctionné le leader mondial de la réservation de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) : son titre a perdu jusqu'à 5% lors des échanges électroniques après-Bourse, avant de se stabiliser à -2,7%.

Car la perte nette par action ajustée s'est établie à 1,02 dollar, plus conséquente encore que les 86 cents envisagés par les analystes. Et surtout, Wall Street se demande quand Uber sera enfin rentable.

Retard de plusieurs trimestres

Avant la pandémie, la société basée à San Francisco prévoyait d'atteindre son graal au dernier trimestre 2020. Au printemps elle a indiqué que cet objectif serait retardé de plusieurs trimestres, à cause de la crise sanitaire.

Dara Khosrowshahi table sur 2021, d'autant qu'Uber a licencié environ un quart de ses employés au printemps et arrêté ses opérations dans de nombreux pays pour faire des économies.

Quant à la date, tout va dépendre de la reprise, mais le patron s'est montré confiant dans la solidité du marché des VTC.

Californie

«Dans les villes qui rouvrent, les gens retournent au travail, c'est la réalité que nous observons», a-t-il affirmé. «Nous n'avons vu aucun signe pointant vers un impact durable pour l'activité.»

Il s'est félicité du rebond à Hong Kong ou en Nouvelle-Zélande, où «dans certains cas le nombre de courses est déjà supérieur au niveau pré-Covid». Mais les incertitudes restent nombreuses, notamment aux Etats-Unis, où les perspectives sont «plus floues que jamais», a-t-il noté.

C'est aussi chez lui, tout prêt de son siège social, qu'Uber fait face à l'un de ses défis les plus importants sur le long terme. L'entreprise est engagée dans un bras de fer juridique avec la Californie, qui l'a assigné en justice pour ne pas avoir donné à ses conducteurs dits «indépendants» le statut de salariés, comme la loi de cet Etat le prévoit depuis le début de l'année.

«La vaste majorité des chauffeurs et coursiers qui utilisent notre plateforme le font à mi-temps, ils apprécient la flexibilité», a de nouveau insisté le patron.

Uber et son rival américain Lyft ont prévu d'organiser un vote populaire, comme l'autorise la loi californienne, afin de remplacer cette loi par des compromis de droits sociaux qu'ils ont présentés au gouverneur de l'Etat. «Nous avons déjà 75'000 conducteurs qui soutiennent notre campagne», a précisé le chef d'entreprise.(awp)






 
 

AGEFI



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