Le coronavirus ne freinera pas l'arrivée d'entreprises en Romandie

mardi, 10.03.2020

La plateforme de promotion économique Greater Geneva Bern area (GGBa), créée il y a dix ans, doit désormais composer avec l'épidémie de coronavirus, une nouvelle menace qu'elle aborde cependant sans trop de craintes.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le coronavirus ne fait pas trembler Thomas Bohn, directeur de la GGBa.(Keystone)

Protectionnisme, litiges commerciaux ou Brexit, les incertitudes pesant sur la conjoncture mondiale ont représenté en 2019 autant d'obstacles à l'implantation d'entreprises étrangères en Suisse occidentale. La plateforme de promotion économique Greater Geneva Bern area (GGBa), créée il y a dix ans, doit désormais composer avec l'épidémie de coronavirus, une nouvelle menace qu'elle aborde cependant sans trop de craintes. 

"L'incertitude devient la nouvelle certitude", explique Thomas Bohn, directeur de la GGBa. L'association a épinglé l'année dernière 79 nouvelles implantations d'entreprises à son tableau de chasse avec la promesse de 620 emplois dans un délai de trois ans, nettement moins qu'en 2018 avec respectivement 92 et 712. 

Thomas Bohn rappelle que comparaison n'est pas raison, d'innombrables facteurs pouvant accélérer ou retarder l'arrivée d'une entreprise sur le sol helvétique. Certains dossiers politiques ont néanmoins compliqué la tâche de la plateforme commune aux cantons de Genève, Vaud, Valais, Neuchâtel, Fribourg et Berne. "On navigue à vue", regrette le responsable. 

Parmi les nouvelles implantations abouties en 2019 figure celle du développeur américain de logiciels Apex à Fribourg ou celle du groupe Icare, actif dans le domaine sanitaire, à la Chaux-de-Fonds. 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le coronavirus ne fait pas trembler Thomas Bohn. "A l'heure actuelle, il y a un fort impact négatif. A terme, certaines entreprises vont sérieusement se demander si la délocalisation de fonctions maîtresses à l'autre bout du monde, notamment en Chine, était justifiée."

La place économique suisse pourrait en profiter. Le patriotisme économique et le protectionnisme prévalant aux Etats-Unis sont une autre paire de manches.

"Nous sommes toujours très bons sur les projets qui viennent d'Europe. En revanche, nous constatons une baisse en Amérique du nord pour les primo-investissements, c'est-à-dire des sociétés qui s'implantent pour la première fois", déplore M. Bohn. Certaines entreprises réfléchissent à deux fois avant d'étendre leurs activités hors du territoire américain. 

Année 2020 "plus faste"

Le GGBa a renforcé l'année dernière sa présence en Californie en ouvrant un bureau au coeur de la Silicon Valley, afin de cibler un certain type d'entreprises ou plutôt d'entrepreneurs. Il s'agit pour la plateforme d'approcher des anciens étudiants de l'EPFL ou de l'IMD pour qui la traversée de l'Atlantique ne constituerait pas un grand saut dans l'inconnu. 

L'enlisement du dossier institutionnel avec l'Union européenne (UE) constitue une entrave spécifique à la Suisse. Le Brexit et son lot d'incertitudes affaiblissent par ricochet tous les non-membres de l'Union. "Un groupe américain qui veut venir en Europe choisira plutôt un pays de l'UE, qui le rassurera davantage que la Suisse, en raison des menaces qui pèsent sur les relations Suisse-UE." 

Tous les espoirs suscités par le Brexit se sont d'ailleurs envolés, estime Thomas Bohn. "Finalement, la Suisse n'a eu que des miettes de ces sociétés qui se sont réorganisées. Les Pays-Bas sont ressortis comme les grands gagnants." Cela ne veut pas dire pour autant que le GGBa peine à essaimer en Europe.

La plateforme est désormais présente en Allemagne, où elle travaille à l'implantation de la filiale d'un "grand groupe technologique" à Berne ou à Genève, et en Europe du nord. La prospection en Belgique s'est révélée particulièrement fructueuse, dans un pays où l'absence de gouvernement depuis deux ans pousse des entreprises à s'exporter.

Deux projets, dont l'un luxembourgeois, devraient ainsi se concrétiser avant l'été, assure Thomas Bohn. Certains contacts sont également encourageants en Finlande. 

Le GGBa qualifie l'exercice 2019 de "modeste en nombre d'implantations". L'année en cours devrait être "plus faste" grâce à un portefeuille de projets, renforcé de 240 nouveaux dossiers à quelque 600 en tout.(awp)






 
 

AGEFI



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