Keynes: «Les prévisions largement pensées ne se réalisent jamais»

lundi, 20.01.2020

La philosophie nous a maintes fois démontré que les événements futurs seront nécessairement différents au passé. C’est la même chose en économie.

Didier Maurin*

Didier Maurin.

Lorsque nous pensons pouvoir faire des prévisions financières et nous sentir enfin en sécurité dans un environnement devenu soi-disant compréhensible, le sol se dérobe sous nos pieds car, à l’image de nos vies privées, la surprise est la règle, pas l’exception.
D’ailleurs, notre capacité à commettre des erreurs est exacerbée par notre fâcheuse tendance à nous référer sans cesse au passé. En économie, par exemple, la référence actuelle est la crise des subprimes de 2009. Or, la philosophie nous a maintes fois démontré que les événements futurs seront nécessairement différents. Au volant, on ne se contente jamais de regarder uniquement dans le rétroviseur en accélérant! Chacun sait qu’il faut regarder devant soi et prendre en compte l’environnement présent. C’est la même chose en économie, où il faut prendre en compte de nouveaux paramètres qui n’existaient pas avant, tels les taux négatifs ou la cherté des marchés actions.
Malgré tout, la prudence est de mise car nos cerveaux d’humains ne seront jamais capables de prédire précisément l’avenir. Je suis même de l’avis de Keynes qui estime que «les scénarios largement pensés ne se réalisent jamais»! En conséquence, je prends toujours en compte les prévisions récentes en me disant que ces prophéties humaines n’auront pas lieu, et qu’il faut penser à autre chose car se fier à ses propres intuitions constitue souvent une des méthodes de prise de décisions les plus fiables! Einstein qualifiait même l’esprit intuitif de «don sacré», mais ce mécanisme n’acquerra jamais le statut de science exacte, ce d’autant que nous ne sommes que des hommes. Nietzsche résumait d’ailleurs la situation par ces mots: «l’erreur est intrinsèque à la vie».
Dès lors, à l’inverse de bon nombre d’entre nous, je pense qu’à court terme les taux négatifs vont propulser les marchés actions et immobiliers à de nouveaux records pour la simple raison que, lorsque des milliards seront investis, leurs emprunteurs en seront, dans le même temps, rémunérés! Et si les marchés devaient commencer à flancher, les banques centrales auront toujours la possibilité d’imprimer davantage d’argent à des taux davantage négatifs pour les soutenir!
Cette situation sera susceptible de tenir, du moins jusqu’au prochain krach, qui émanera vraisemblablement d’une crise militaire ou politique extrinsèque à l’économie. A ce moment-là, les marchés surévalués seront devenus illiquides et adossés à un endettement massif, des phénomènes propres à une crise financière. Et comme c’est souvent le cas, ces événements interviendront quand personne ne s’y attendra, ce qui en dit long sur la capacité de prévision de l’être humain.
La surprise est la règle et non l’exception. Comme le disait Sir John Templeton, l’un des meilleurs investisseurs à l’international de son époque: «les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie». Nous n’en sommes pas encore là, la période actuelle n’étant encore que relativement optimiste. Lorsque la crise se produira, nos «Etats-nations» et leurs banques centrales auront épuisé leur capital de confiance monétaire car ils auront imprimé des milliers de milliards pour soutenir des marchés qui auront fini par succomber. Que vaudra alors un dollar, un euro ou un yen dans ce contexte d’endettement massif? Les cryptomonnaies feront leur réapparition puisque les futures monnaies «refuge» seront peut-être celles créées par les multinationales.
Prudence, toutefois, car ces prédictions ne sont jamais qu’une prophétie humaine! La réalité en sera forcément différente.

* Président et administrateur de Katleya Gestion à Genève






 
 

AGEFI




...