Prudence et patience à court terme: la leçon de l’épisode du Sras

dimanche, 23.02.2020

La panique autour de l’épidémie ne s’atténuera que lorsque le nombre de nouveaux cas aura atteint un pic.

Laurent Denize *

Laurent Denize

L’épidémie de coronavirus pourrait-elle gâcher l’ambiance de début d’année résolument plus optimiste quant à une stabilisation de l’économie mondiale? Très certainement. L’épisode du Sras de 2003 suggère que la panique autour du coronavirus ne s’atténuera que lorsque le nombre de nouveaux cas aura 

atteint un pic. De nombreux commentateurs ont établi des comparaisons entre l’épidémie d’aujourd’hui et l’épidémie de Sras en 2003. 

L’impact économique fut de courte durée. Alors que la croissance du PIB chinois est tombée à 3,4 % au deuxième trimestre 2003, il est remonté à 15,7% au troisième trimestre, soit une baisse d’environ 1 % pour l’année. Pas si grave donc sauf que... l’économie chinoise représente aujourd’hui près de 20% du PIB mondial et 40 % de la croissance contre 20% en 2003. Les chaines de production sont aussi beaucoup plus interconnectées dans un monde qui reste très globalisé malgré les tentatives de M. Trump de limiter les échanges. Bref le coût en points de base pour la croissance mondiale risque d’être plus sévère qu’anticipé et peut raviver les craintes de déflation voire de récession de fin 2018 d’autant plus que les banques centrales ont moins de marge de manœuvre et que les valorisations n’autorisent pas trop de sortie de route. Tout est-il donc négatif?

À moyen terme et à condition que l’épidémie soit contenue dans les prochaines semaines, les marchés actions devraient reprendre le chemin de la hausse. Cela s’explique en partie par le fait que la croissance mondiale devrait bénéficier de l’effet décalé de la baisse des rendements obligataires et d’une amélioration du secteur manufacturier mondial par un restockage important. N’oublions pas aussi que l’incertitude, facteur important d’aversion aux risques des investisseurs a fortement reculé avec la trêve dans la guerre commerciale et la mise en œuvre d’un Brexit ordonné. 

Par ailleurs nous croyons à la poursuite de la relance budgétaire/crédit dans les pays développés et notamment en Europe avec peut-être un changement d’esprit du gouvernement allemand pressé par les événements exogènes récents. La Chine devrait aussi apporter son aide. La part des dépenses de santé reste largement inférieure à celle constatée dans les pays développés, ce qui incitera le gouvernement à augmenter les dépenses sociales et à continuer d‘ajouter des liquidités pour soutenir son économie.

Bref, il ne faut donc pas paniquer à l’heure actuelle. Mais avouons-le, le marché anticipait un affermissement des résultats des entreprises, une hausse des capex et des investisseurs plus enclins à prendre des risques. Ce n’est pas vraiment le scénario prévu. A minima, il faut se couvrir contre un risque de pandémie qui dure plus longtemps et affecte l’économie sur une plus longue période que les quelques mois anticipés. Comment? Voici trois pistes:

- Rajouter de la duration dans les pays développés.

- Acheter de la volatilité sous forme de protection à la baisse.

- Favoriser la qualité et les valeurs les moins exposées aux effets macroéconomiques du virus (Les télécommunications, la grande consommation et l’immobilier).

Même après quelques séances plus heurtées le stress n’a pas porté les prix des options sur des niveaux excessifs. Loin de là. Il est temps d’être prudent, la fin de l’année est encore loin et l’asymétrie des couples risques rendements peu en faveur d’une prise de risque trop forte. Pour les investisseurs de long terme, les primes de risque favorisent toujours les actions.

Il peut donc être opportun de commencer à basculer des obligations vers les actions en accompagnant la période de tension actuelle. Mais là aussi pas de précipitation

*Global Co-CIO, ODDO BHF AM






 
 

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