De l’argent frais pour la technologie

mardi, 14.07.2020

La pandémie et la recherche d’un vaccin poussent les investisseurs à se ruer presque exclusivement vers les ETF innovants dans lesquels ils y placent autant d’espoir qu’en l’an 2000.

Levi-Sergio Mutemba

On ne parle presque plus que de cela. Du «monde post-covid». Comme s’il s’agissait d’un nouveau néolithique, amené par des mutations relativement importantes des techniques et des comportements que le confinement aura suscité pendant la crise du coronavirus. 

Ces évolutions n’ont naturellement pas échappé aux asset managers, émetteurs de produits financiers et conseillers en investissement. Qui semblent unanimes sur le fait que le travail à domicile, les failles de certains systèmes de santé et la distanciation sociale favoriseront forcément certaines industries.

«La fermeture des économies et la recherche d’un vaccin ont contribué à accroître le taux d’adoption d’un grand nombre de technologies innovantes», assure Anthony Ginsberg, qui a co-créé en 2018 l’exchange-traded fund (ETF) Han-Gins Tech Megatrend Equal Weight UCITS ETF (ticker ITEK). Le travail à domicile s’est en effet accompagné d’une forte augmentation du trafic sur les réseaux sociaux, d’une hausse de la demande pour des produits de sécurité informatique et/ou basés sur le cloud.

En hausse de plus de 30% au cours des 12 derniers mois écoulés au 13 juillet 2020, ITEK offre une exposition aux entreprises participant à la quatrième révolution industrielle, une transformation également baptisée «Industrie 4.0». À laquelle participent notamment la robotique, l’automatisation, le cloud computing, l’automobile électrique, la génomique, les registres distribués ou encore la réalité augmentée. 

Cet ETF de réplication physique d’un peu plus de 11,2 millions de dollars d’actifs nets totaux, contient 86 actions en portefeuille. Dont plus de 55% sont des entreprises basées aux États-Unis.

Il se trouve que les principaux constituants du fonds ont été pratiquement ceux qui ont le plus contribué à sa performance. C’est le cas du spécialiste américain de la sécurité informatique Zscaler, en hausse de 46% en mai. Ou de la biotech Allogene Therapeutics (+66%). «Le thème le plus représenté au sein des dix premières lignes du fonds est celui de la génomique, principalement en raison des recherches de vaccin en cours contre le covid-19», souligne Anthony Ginsberg dans son commentaire mensuel de performance.

Treize semaines de flux positifs

La cherté relative du fonds, également disponible à la SIX Swiss Exchange depuis début juin, mérite cependant d’être soulignée. Du moins en termes du rapport entre prix et bénéfice (P/E). Son indice sous-jacent, le Solactive Innovative Technologies Index NTR, affiche actuellement un P/E de plus de 65. 

Deux fois plus que celui du Nasdaq 100, pourtant déjà considéré comme étant surévalué, voire déconnecté du réel. Mais le secteur continue de jouir de la faveur des investisseurs.

D’après les données de flux de fonds de Refinitiv (Lipper), les investisseurs, pourtant sous-investis dans les actifs risqués, ont placé 1,3 milliard de dollars dans les fonds technologiques américains durant la semaine se terminant le mercredi 8 juillet.

Soit treize semaines consécutives d’afflux nets, portant à 15,6 milliards l’afflux net total au second trimestre pour cette catégorie de fonds. Le meilleur trimestre derrière le premier de l’année 2000 (+32,4 milliards) et le quatrième de l’année 1999 (+16,7 milliards).

Trois ETF technologiques en ont particulièrement bénéficié. À savoir deux fonds du même émetteur, ARK Innovation ETF (ARKK) et ARK Next Generation Internet ETF (ARKW), ayant chacun attiré 254 et 210 millions de dollars, respectivement, durant la semaine sous revue. Et le fonds VanEck Vector Semiconductor ETF, dont les coffres se sont étoffés de 111 millions de dollars la semaine dernière. Sur le trimestre, c’est Vanguard Information Technology Index Fund qui a capté les plus gros flux, avec des apports nets de 2,7 milliards de dollars.

«Le coronavirus a forcé des pans entiers de l’industrie américaine à travailler à distance et confiné davantage encore sur les plateformes en ligne les habitudes de consommation, éloignant celles-ci toujours un peu plus des magasins physiques», commente l’analyste de Lipper, Pat Keon. «Ces changements ont encore souligné l’importance de la technologie dans la vie de tous les jours dans le monde moderne», conclut ce dernier dans son rapport hebdomadaire de flux de fonds publié hier. 






 
 

AGEFI



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