La nouvelle frontière efficiente verte

mardi, 11.02.2020

Nicolas Mougeot*

Nicolas Mougeot

Si l’année 2019 fut marquée par une prise de conscience généralisée de l’urgence climatique, 2020 sera probablement l’année du passage à l’action tant les effets du réchauffement climatique se sont fait ressentir en janvier, de l’effet terrifiant des feux de forêts en Australie à l’inscription du réchauffement climatique pour la première fois à l’agenda du Forum Economique Mondial à Davos.

L’engouement pour la finance durable ou verte se traduit tout d’abord par une masse sous gestion toujours plus élevée, avec plus de USD 30’000 milliards d’actifs ESG (pour critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) sous gestion fin 2018 d’après  Global Sustainable Investment Alliance. Ces chiffres reflètent deux changements fondamentaux dans l’offre ESG ces dernières années. Le premier changement vient de l’approche plus positive pris petit à petit par l’économie verte: de l’exclusion des entreprises polluantes, les investisseurs optent de plus en plus pour une approche plus positive en incitant les entreprises à réduire leur empreinte carbone, soit par des investissements propres soit par exemple par une réduction de leurs déchets. La seconde transformation majeure réside dans le fait que la finance verte ne représente plus un secteur très concentré et de niche. En effet, une des faiblesses des investissements durables provenait de leur manque de diversification: les actifs dits «classiques» permettraient de viser un meilleur rendement pour un niveau de risque donné grâce à une plus grande diversification. 

En 2020 les investisseurs ont désormais accès à une palette d’instruments financiers verts de plus en plus large, des obligations d’état vertes à la dette d’infrastructure aux produits structurés verts aux actions ESG et même au private equity durable. Par conséquent, du fait de la variété des investissements verts à disposition, l’argument d’un «marché concentré  et de niche» qui collait à la peau des investissements verts ne tient plus.

D’où l’idée d’une frontière efficiente verte.

La frontière efficiente représente en finance le niveau de rendement maximal qu’un investisseur peut espérer pour un niveau de risque donné en diversifiant son portefeuille dans divers actifs. L’offre actuelle permet dorénavant de concevoir un portefeuille non seulement vert mais aussi diversifié avec des actifs aux profils de risque très variés.

Dans la catégorie peu risquée, on retrouve des obligations d’État comme par exemple les obligations vertes émises par la province de l’Ontario au Canada qui permettent de financer des projets en ligne avec la politique environnementale de la province tout en n’étant pas plus risqués que d’autres obligations «non vertes» de la province. 

La dette infrastructure, un peu plus risquée, permet d’investir dans des projets spécifiques tel que l’éolien. Entre les produits de dette et les actions, on retrouve aussi une nouvelle gamme de produits structurés verts qui combinent de la dette verte à des sous-jacents actions et permet d’obtenir des coupons plus élevés avec un risque action mais dans une structure qui permet le financement des projets environnementaux.

Dans la partie la plus risquée et moins liquide du spectre des investissements verts on retrouve des actions à petites capitalisations actives dans le secteur environnemental ou encore des fonds durables de private equity qui investissent dans des sociétés qui prennent en compte les critères ESG.

L’élargissement de l’offre fait donc voler en éclat l’argument qui faisait de la finance verte un secteur de niche. Tout conseiller financier est dorénavant en mesure de proposer un portefeuille diversifié et durable adapté au profil de risque de ses clients grâce à l’émergence d’une véritable frontière efficiente verte.

* Senior Cross Asset Advisor, Indosuez Wealth Management Suisse






 
 

AGEFI




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