Hormis les actions américaines, point de salut sur les marchés!

dimanche, 07.10.2018

La montée des risques explique les faibles performances des classes d’actifs et assombrit les perspectives futures.

Laurent Denize*

On constate un réel paradoxe: les performances des classes d’actifs sont décevantes malgré une croissance mondiale proche de 4% portée par l’économie américaine. C’est la montée des risques qui explique ces faibles performances et qui assombrit les perspectives futures.

Quels sont ces risques?

1. La guerre commerciale: si les droits de douane mis en oeuvre actuellement (110 milliards USD) restent presque insignifiants à l’échelle de l’économie mondiale, c’est la remise en cause des traités de libre-échange qui menace la croissance mondiale. La Chine doit ainsi stopper son programme de désendettement pour relancer son économie par le crédit, une mesure en contradiction avec ses objectifs. Quoi qu’il en soit, les effets se font déjà sentir sur les pays émergents les plus fragiles qui subissent à la fois le ralentissement conjoncturel chinois, la hausse du dollar et du prix du pétrole (pour les pays importateurs). Si l’on y ajoute les problèmes spécifiques de l’Argentine, du Venezuela ou de la Turquie, il nous semble difficile d’être positifs sur ces marchés tant que des premiers signaux de stabilisation ne se seront pas manifestés.

2. La montée du souverainisme: on peut raisonnablement douter de la rationalité économique de certaines décisions politiques dictées par des considérations électorales populistes. Celles-ci ayant un impact budgétaire important, cela rend les prévisions d’autant plus incertaines.

3. La normalisation des politiques monétaires: le durcissement des conditions monétaires en cours devrait provoquer un retrait de liquidités sur un marché dopé aux rachats d’actifs et aux taux faibles depuis 10 ans. Le sevrage devrait être douloureux et pourra entrainer des réajustements d’allocation et notamment au profit des actifs réels.

Tout n’est pas noir, loin de là. Les entreprises traversent sans problème cette période complexe et augmentent de manière significative leurs capacités bénéficiaires (entre 10 et 25% suivant les zones géographiques). 

Que peut-on espérer pour la fin de l’année?

Il pourrait donc se révéler rémunérateur de rester investi en actions américaines et européennes d’autant plus que le marché reste abordable comme l’indique la contraction des multiples de valorisation sur ces deux zones depuis un an (aux US hausse de 25% des bénéfices sur l’année 2018 alors que la hausse des actions se limite à 10%). Côté européen, nous observons enfin un frémissement à la hausse des révisions des analystes pour l’année 2019. Un premier signe encourageant!

Sur l’obligataire, les obligations convertibles et les obligations à haut rendement présentent de belles perspectives après la récente baisse de volatilité et la hausse des spreads sur les obligations les plus risquées. Quant aux obligations d’Etat, le couple risque/rendement est toujours défavorable à nos yeux. Pour autant il ne faut pas négliger la montée des risques et il serait judicieux d’acheter des devises fortes à savoir le dollar, le yen et le franc suisse.

L’Italie reste sur une ligne de crête et l’atterrissage du budget le 15 octobre pourrait être sportif tant la rhétorique populiste des deux leaders reste forte. A 250 pbs de spread contre le 10 ans allemand il y a plus de place à l’écartement que l’inverse.

Un autre risque réside dans une hausse soudaine du prix du pétrole liée à une rupture de la chaine d’approvisionnement et à un emballement du risque politique au Moyen-Orient. Acheter de la couronne norvégienne pourrait être opportun tant elle est décotée et récemment décorrelée de la hausse des cours du brut alors même que la banque centrale va monter ses taux et que l’inflation accélère.

Enfin, le non coté offre toujours de belles perspectives de rendement sans subir la volatilité des valorisations à court terme.

*Co-CIO, ODDO BHF AM






 
 

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