La liquidité globale s’amenuise alors que la Fed réduit son bilan

mardi, 25.09.2018

Cédric Spahr *

Cédric Spahr

Nous analysons l’évolution de la liquidité globale en dollars, au niveau macroéconomique et dans les marchés financiers, afin d’estimer la dynamique probable des marchés actions ces prochains mois. Nos mesures de liquidités prennent en compte le bilan de la Fed ainsi que les réserves de change des pays émergents. La liquidité devrait continuer à se raréfier dans les mois à venir, pénalisant les marchés actions asiatiques. Nous estimons que les actions américaines, quant à elles, continueront de surperformer en raison de la préférence des investisseurs pour la liquidité et la sûreté.

Comprendre le rôle de la liquidité a pris beaucoup d’importance cette année, alors que la Réserve Fédérale a commencé à réduire son bilan au rythme d’environ 40 milliards de dollars par mois et continue à relever graduellement ses taux d’intérêts. L’adage classique «Don’t fight the Fed» résume l’expérience empirique des investisseurs lorsque celle-ci commence à absorber la liquidité excédentaire dans les marchés financiers. Les banques centrales, les instituts de crédit et les investisseurs jouent tous un rôle dans la circulation des flux de capitaux entre classes d’actifs et entre régions. Nous examinons pour ce faire les bilans des banques centrales, la croissance des crédits bancaires, des réserves internationales de change et des prêts bancaires transfrontaliers, ces deux dernières valeurs jouant un rôle particulièrement important pour les pays émergents.

Le dollar constitue toujours la clé de voûte du système financier international. Nous mesurons la liquidité en dollars en additionnant la base monétaire (M0) des USA avec les emprunts du Trésor américain mis en dépôt auprès de la Fed par les banques centrales étrangères. Celles-ci gèrent leurs réserves de change en investissant une grande partie de leurs dollars dans des bons du Trésor US, actifs à la fois liquides et sûrs. Les réserves de change des pays émergents mesurées en dollars stagnent depuis janvier 2018. Dans la mesure où c’est leur variation annuelle en pourcents qui transmet une impulsion de liquidité aux marchés financiers, l’évolution des réserves de change ne signale pas une dynamique favorable pour les actions et les monnaies de pays émergents au cours des prochains mois. La base monétaire se compose de la monnaie en circulation, et des réserves des banques commerciales auprès de la Fed. Nous observons que les réserves des banques commerciales auprès de la Fed diminuent clairement depuis fin 2017, reflétant du côté des passifs la réduction de son portefeuille d’obligations. Là aussi, cette mesure de liquidité annonce des conditions plus restrictives.

La croissance des prêts bancaires et des émissions d’obligations a enfin dépassé son zénith dans les régions émergentes. Après les récentes secousses financières en Argentine et en Turquie, il y a fort à parier que les prêteurs internationaux manifesteront une prudence accrue. La détérioration de la liquidité globale a pénalisé les marchés actions asiatiques et émergents. Elle a par contre provoqué un reflux de fonds dans les actions américaines, tendance qui devrait persister ces prochains mois.

* Equity Strategist, Bank J. Safra Sarasin






 
 

AGEFI



...