Equal-Salary veut labelliser encore davantage

mercredi, 17.06.2020

La HES-SO Valais a reçu hier sa certification Equal-Salary, de la fondation du même nom. L’organisme a acquis une belle visibilité en Suisse et veut maintenant renforcer l’égalité entre les genres dans les fiches de paie des compagnies à l’étranger.

Sophie Marenne

Véronique Goy Veenhuys, la fondatrice et directrice Equal-Salary. Elle veut que le label devienne la référence en matière d’égalité salariale au niveau international. «Nous considérons que cette thématique est la base de toute politique de diversité et d’inclusion», dit-elle.

«L’égalité salariale est un sujet doublement sensible puisqu’il touche à l’égalité et aux salaires. Certaines organisations hésitent à sauter le pas de la certification parce que les corrections à entreprendre pourraient impacter directement leurs résultats financiers», analyse Véronique Goy Veenhuys, initiatrice et CEO de la fondation Equal-Salary. «Mais quelle fierté, pour les firmes qui prennent cette décision stratégique forte, de sortir l’égalité du papier glacé pour l’inscrire dans le quotidien!», s’enflamme-t-elle.

Ce lundi, la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) Valais s’est vu décerner le label Equal-Salary, témoin d’un excellent niveau d’égalité entre les rétributions des femmes et des hommes. Un couronnement pour l’institution valaisanne qui a entamé la refonte de sa grille salariale en vue d’une parfaite transparence il y a quatre ans déjà. L’école, forte de ses 2800 étudiants, représente le premier acteur de formation estampillé de ce sceau. Elle est aussi la 71e organisation certifiée, après dix ans d’activités de la fondation.

Un label encore très suisse

Pour la créatrice d’Equal-Salary, le bilan de l’aventure est quelque peu mitigé. «Mon rêve était d’offrir une solution pratique aux entreprises. De ce côté, il est devenu réalité. Nous touchons des compagnies privées et publiques, petites et grandes, en Suisse et à l’étranger. Néanmoins, les firmes ne se sont pas arraché la certification non plus. Nous aurions préféré en labelliser davantage», témoigne la fondatrice. Elle nuance néanmoins: «Il ne faut pas négliger notre impact auprès des sociétés qui n’ont pas réussi la certification. Celles qui ratent l’exercice sont bien souvent en train de corriger le tir afin de se représenter.»

Reconnue par la Commission européenne, la certification couvre 130.000 salariés à travers le globe. Parmi les lauréats, de nombreuses structures suisses dont UBS, Dufry, la Ville de Fribourg, la Vaudoise ou encore la Banque cantonale du Tessin. Ces sociétés ont prouvé que leur écart salarial s’inscrit sous la barre des 5%, bien loin de l’écart moyen de 18,3%  en Suisse, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Si le label touche encore peu de compagnies étrangères, ce mouvement est en train d’être renforcé. «Nous progressons. Plusieurs firmes sont en cours de certification aux Etats-Unis, en Italie ou aux Pays-Bas», cite la CEO.  

Première historique pour Philip Morris

Si l’on soustrait les 46 entités du cigarettier Philip Morris International (PMI) à la liste des structures labellisées par Equal-Salary, le nombre d’organes certifiés tombe à 25. Comment est-il possible que le géant du tabac dont le siège opérationnel est situé à Lausanne ait une telle envergure dans les activités de la fondation basée à Vevey? «En 2015, lorsque PMI a obtenu cette distinction pour la Suisse, la direction a annoncé sa volonté d’instaurer une politique salariale équitable à l’échelle mondiale», répond Véronique Goy Veenhuys.
En novembre 2016, la branche japonaise de PMI est devenue le premier employeur étranger à la décrocher. En mars 2019, la multinationale a pu se targuer d’être certifiée au niveau mondial: une première! Une façon pour le mastodonte du tabac d’améliorer son image. «Ils ont fait de gros efforts pour pouvoir attirer des talents», commente l’entrepreneure.

De l’utopie à la loi

Les motivations pour obtenir le label sont diverses, allant du renforcement de la marque jusqu’à un atout dans le cadre de marchés publics, en passant par la réponse à des exigences de donateurs, pour les organisations internationales notamment.

Obtenir la certification prend quatre à neuf mois. L’audit des sociétés candidates est mené par des acteurs reconnus comme SGS ou PwC. «En tant que fondation à but non lucratif, il nous est essentiel de nous appuyer sur des partenaires crédibles avec lesquels les entreprises ont l’habitude de travailler», souligne-t-elle.

Soutenue dans son développement par le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes (BFEG), la fondation se finance aujourd’hui grâce à un droit de licence. «Ces frais sont peu élevés, nous avons donc des moyens très limités. Peut-être qu’un jour nous aurons des donateurs», espère celle qui est à la tête de l’entreprise sociale à but non lucratif d’une taille de trois collaborateurs.

Equal-Salary est né dans l’esprit de la Vaudoise alors qu’elle effectuait une formation postgrade en management, organisation et communication. «C’était mon projet de diplôme, en 2005», raconte celle qui a peaufiné et testé ce système de vérification et de certification indépendant pendant les cinq années suivantes, jusqu’à la création de la fondation en 2010. «En l’espace de quinze ans, des prémices du projet à aujourd’hui, nous sommes passés de l’utopie à la réalité», se réjouit-elle à l’heure ou la loi révisée sur l’égalité salariale entrera en vigueur le 1er juillet et imposera le contrôle des fiches de paie aux entreprises de plus de 100 salariés. 






 
 

AGEFI



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