La gestion de l’après-crise doit devenir la priorité des autorités

samedi, 25.04.2020

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

Le Conseil fédéral a défini seul les contours du déconfinement, en vertu du régime d’exception que lui octroie la loi. Il est désormais temps que le Parlement assume de nouveau son rôle et que les autorités s’entendent sur des scénarios pour sortir de la crise. Cela vaut aussi pour les cantons.

Le Conseil fédéral garde la main sur la gestion de la crise sanitaire actuelle. On l’a encore constaté mercredi dernier lors de sa désormais traditionnelle conférence de presse Covid-19. Les pouvoirs d’exception que lui confèrent la loi sur les épidémies lui ont permis d’«ordonner les mesures nécessaires pour tout ou partie du pays». Force est d’admettre qu’il a assez bien tenu son rôle, même si l’on est loin d’un sans-faute. Le déconfinement progressif et ses modalités ayant été détaillées, il est désormais grand temps pour les Chambres fédérales, qui ont interrompu leur session de printemps à la mi-mars, de revenir aux affaires. Le Parlement, rappelons-le, peut lui aussi édicter des ordonnances dites de nécessité pour contrebalancer les décisions de l’exécutif. Le moment est donc venu pour les institutions de réfléchir de concert sur le long terme. 

Les parlementaires ressentent la nécessité d’assumer de nouveau leur rôle. Les Chambres tiendront d’ailleurs une session extraordinaire d’une semaine consacrée au seul coronavirus, dès le 4 mai hors du Palais fédéral, qui ne leur permet pas de siéger en toute sécurité. Les Commissions sont à pied d’œuvre et se sont déjà manifestées ces derniers jours. La Commission de l’économie et des redevances du Conseil des États a ainsi prié l’exécutif de faire en sorte que les exploitants d’entreprises fermées par le Conseil fédéral au-delà du 27 avril puissent bénéficier d’une exonération de remboursement du crédit Covid-19 à hauteur de trois loyers mensuels au plus, pour les cas de rigueur. Son homologue du National a, de son côté, demandé au gouvernement de présenter un plan concret pour la reprise prochaine de l’activité économique. Selon elle, «les entreprises ont maintenant besoin de sécurité juridique et de pouvoir planifier leurs activités pour la période à venir».

Mesures structurelles à envisager

La pandémie, dont la fin reste encore difficile à entrevoir, engendre une incertitude pesante tant pour la société que pour l’économie. C’est pourquoi les institutions fédérales doivent désormais proposer des scénarios pour l’avenir. Les mesures conjoncturelles ont été prises. Il faut désormais envisager des instruments de politique structurelle, tant il est vrai que le contexte économique sera chamboulé. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités en recherchant les meilleures options pour passer ce cap périlleux. Dans ce nouvel univers qui se dessine, le maintien de bonnes conditions-cadres restera essentiel. Par chance, les élections fédérales sont derrière nous. On peut dès lors espérer que les tenants du consensus l’emporteront sur les démagogues. 

Un devoir similaire incombe naturellement aux autorités cantonales. Le Conseil d’État vaudois a géré seul la crise depuis mars dernier. Comme à l’échelon fédéral, toutefois, le parlement veut aujourd’hui retrouver ses prérogatives. Le Grand Conseil entend tenir une séance le 12 mai prochain dans une salle à Yverdon-les-Bains. Là aussi, le législatif pourra compléter les décisions fédérales et infléchir, voire corriger celles, souvent timides, décrétées par l’exécutif. 

Les communales de 2021 et les cantonales de 2022 pointant leur nez, les élus seraient bien inspirés de ne pas sombrer dans une surenchère électoraliste. La parenthèse liée à la pandémie, aussi artificielle qu’irréelle, ne doit pas faire oublier que notre société a besoin d’une économie forte pour prospérer et innover dans la durabilité. Garder cette réalité à l’esprit est faire preuve de sagesse.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

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