La future crise sera-t-elle climatique?

jeudi, 14.11.2019

Audrey Cauchet *

Audrey Cauchet

Persistance des taux négatifs, risque inhérent de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, crainte d’une récession… autant de signes inquiétants laissant présager d’une nouvelle crise. Cependant, la vraie question n’est plus de savoir si mais quand la prochaine crise éclatera. Plus de dix ans après la crise financière et souveraine, il est fort probable que la prochaine crise sera climatique.

En effet, la situation est inquiétante. Fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, recul de la banquise, écosystèmes en mutation sont autant de preuves que notre planète va mal, comme le souligne le dernier rapport du GIEC. Ce dernier dresse un constat alarmiste: l’augmentation du niveau de la mer est deux fois plus rapide qu’il y a 50 ans, si bien que certaines villes seront submergées d’ici 30 à 40 ans!

Alors que les pays signataires de l’Accord de Paris s’étaient engagés à contenir le réchauffement climatique à deux degrés Celsius, les experts du GIEC ont révisé leur prévision, déclarant qu’il serait désormais nécessaire de contenir ce réchauffement à 1,5 degré. Cependant, pour ce faire, il faudrait multiplier par cinq les objectifs de l’Accord de Paris. En parallèle, l’ONU a défini ses 17 Objectifs de développement durable (ODD) à horizon 2030. Vœu pieux ou ambition atteignable?

Il est urgent d’agir. Le développement durable et a fortiori la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises (RSE) ne sont pas des concepts nouveaux mais la mise en place d’indicateurs chiffrés permet désormais de mesurer les efforts qu’il reste à entreprendre. Plusieurs initiatives ont émergé (certifications, labels, normes ISO) mais par essence, elles sont assujetties au bon vouloir des entreprises. Même si le mot fait grincer des dents, des contraintes s’imposent afin de se donner les moyens de nos ambitions et éviter une distorsion de concurrence.

Dans le milieu financier tout particulièrement, banques centrales et superviseurs introduisent progressivement des «standards» répondant au triptyque «clarté-mesurabilité-transparence».

Clarté: une première version de la taxonomie européenne sur les actifs verts est parue en juin 2019, objectif phare du Plan d’actions pour la finance durable de la Commission européenne. Le Conseil fédéral a créé un groupe d’experts pour en étudier le contenu mais celle-ci n’entrerait en vigueur qu’à partir de 2022.

Mesurabilité: l’inclusion des critères ESG (environnementaux sociaux gouvernance) est devenue indispensable. Faute de lignes directrices, il n’existe pas encore de consensus. Cette inclusion nécessite de faire appel au big data pour capter toutes les données nécessaires à la notation des contreparties et investisseurs.

Transparence: la création de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) par le Conseil de stabilité financière introduit des obligations en matière de reporting extra-financier, gage d’exemplarité et de comparabilité.

La route est encore longue. Certains croient que seules les banques internationales ont le pouvoir de fournir l’impulsion nécessaire pour un changement radical. Mais c’est tout l’écosystème financier qui est concerné. Grâce à un dialogue constructif entre Etats, associations et secteur financier, la crise ne sera peut-être pas évitée mais ses effets pourraient être limités.

* Responsable de l’offre Conseil en RSE pour le secteur financier, Mazars






 
 

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