Givaudan surfe sur la vague du halal et des arômes naturels

mardi, 25.09.2018

La forte croissance de la population musulmane en Asie, accompagnée d'une demande soutenue pour les produits et les arômes halal, offre une niche d'opportunités à Givaudan.

Un accent particulier est mis sur l'Asie du Sud-Est, très porteuse en raison de sa poussée démographique et de son dynamisme économique.(keystone)

La place de numéro un mondial de Givaudan lui permet de mieux tirer profit des nouvelles tendances.Le groupe genevois mise par ailleurs toujours plus sur les saveurs naturelles avec une forte demande pour les produits et les arômes halal.

"Le halal est un marché compliqué. Cela nous est bénéfique", déclare le porte-parole de la multinationale basée à Vernier, Peter Wullschleger. Givaudan, fort de son leadership (25 à 27% des parts de marché mondiales dans les arômes et parfums), dispose d'un réseau puissant.

L'entreprise fait appel chaque année à un million de testeurs rémunérés, auxquels elle demande d'évaluer différentes saveurs. Cette base de données gigantesque lui permet ensuite d'adapter ses produits aux goûts spécifiques de chaque marché.

Un accent particulier est mis sur l'Asie du Sud-Est, très porteuse en raison de sa poussée démographique et de son dynamisme économique. "Dans cette région peuplée de 40% de musulmans, la demande pour des produits halal augmente de manière énorme", lit-on dans le rapport "S'imposer en Asie du Sud-Est" présenté récemment à Zurich.

Le marché des arômes pour l'alimentation et les boissons y présente un potentiel de 934 millions de francs, pour un taux de croissance annuel moyen de 5% (période 2013-2017).

La part du halal dans ce gâteau n'est pas évaluée spécifiquement, mais elle est en nette expansion. L'alimentation halal est un marché pesant plusieurs centaines de milliards de francs par an. Elle compte pour beaucoup dans la progression de plus de 30% de l'économie islamique mondiale attendue d'ici à 2021, selon une étude de Thomson Reuters.

Fabriquer des arômes certifiés halal pour l'alimentation et les boissons exige une forte expertise. Tout contact, de près ou de loin, avec le porc ou l'alcool par exemple doit être évité.

"Nous travaillons avec des équipes spécialisées. L'espace de fabrication halal doit être strictement séparé du secteur non halal, avec des cuves de mélange spécifiques et aucune fenêtre communicante", explique M. Wullschleger. Il est aussi exclu que le personnel porte la moindre trace de gélatine de porc sur ses gants, par exemple.

Pas le droit à l'erreur

Les installations sont régulièrement inspectées par des imams, qui veillent au respect des règles. "Si vous commettez la moindre erreur, vous êtes éjectés du marché", précise le responsable. L'usine de production de Givaudan en Hongrie dispose d'un site certifié halal, dont la production est destinée aux musulmans d'Europe, un marché également porteur.L'Asie du Sud-Est, en particulier l'Indonésie et la Malaisie, est riche en opportunités en raison de sa population jeune au pouvoir d'achat croissant, observe Givaudan. Les femmes y sont toujours plus connectées au monde et pourtant de plus en plus attachées à la religion. Cette double tendance ouvre des perspectives à la fois pour l'alimentaire halal mais aussi les cosmétiques, domaine où ce label joue également un rôle important.Plus généralement, le gros moteur de croissance pour Givaudan est constitué par les extraits naturels. Le romarin, par exemple, représente une alternative très prisée aux agents conservateurs chimiques. C'est dans cette optique - progresser sur le naturel - qu'a été racheté début 2018 le français Naturex.Selon un rapport d'Euromonitor International, il existe de par le monde une demande croissante pour les arômes, et Givaudan est bien placé pour y répondre. A cet effet, le groupe met notamment l'accent sur les agrumes et les saveurs de viande ou arômes de crabe, ces derniers servant aux bâtonnets à chair de poissons Surimi dont raffolent les Japonais.Le groupe genevois analyse des centaines de variétés d'agrumes que détient l'Université de Californie (UCLA). "Si nous y décelons une molécule intéressante, nous pouvons ensuite la rechercher dans des produits présents sur le marché pour l'extraire et produire des arômes naturels plus frais, notamment pour le jus d'oranges", illustre Peter Wullschleger.La Bourse salue ces innovations. L'action Givaudan flirte avec les 2400 francs et évolue à ses plus hauts historiques. Le groupe dépasse les 5 milliards de chiffre d'affaires annuels, pour une marge bénéficiaire de plus de 20%.(awp)

 

 






 
 

AGEFI



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