Y a-t-il trop de capital en private equity ?

lundi, 23.07.2018

La forte croissance de ce marché s'accompagne d’inquiétudes de la part des investisseurs sur l’aptitude des gérants de fonds à déployer ce capital levé et non investi (Dry Powder).

Jacques Chillemi*, Pavel Ermoline**

Bien que la problématique soit cruciale, il serait trompeur de se baser sur un chiffre unique. Chaque stratégie repose sur des fondamentaux distincts.

L’industrie des marchés non cotés a connu un fort intérêt depuis les années 2000. Avec une croissance de l’ordre de 13% par année, l’industrie des fonds atteint aujourd’hui 5100 milliards de dollars [1]. L’environnement économique de ces dernières années, combinant taux bas et valorisations élevées, a contribué à ce succès et a conduit à un changement stratégique dans l’allocation des investisseurs.

Néanmoins, cette croissance s’est vue accompagnée d’inquiétudes de la part des investisseurs sur l’aptitude des gérants de fonds à déployer ce capital levé, mais non investi, appelé Dry Powder. Celui-ci a progressivement augmenté ces cinq dernières années pour atteindre 1600 milliards de dollars à fin 2017 [2]. Cette augmentation a naturellement été la résultante d’une levée de capital plus importante, avec le corollaire potentiel d’une difficulté accrue à déployer ce capital. La clé est donc de déterminer s’il n’y aurait pas un excès de capacité sur les marchés non cotés par rapport aux opportunités disponibles. Une telle situation pourrait en effet exacerber la concurrence et mener à des transactions potentiellement plus chères et risquées afin déployer le surplus de capital.

Ne pas se baser sur un chiffre unique

Bien que la problématique du Dry Powder soit cruciale, il serait trompeur de se baser sur un chiffre unique. Les marchés non cotés étant composés d’une multitude de segments, chaque stratégie repose sur des fondamentaux distincts. Lorsque l’on se concentre sur le Buyout, segment le plus important en taille, une différence notable apparait entre le Mid Market Buyout (MM) et celui du Large et Mega Cap Buyout (L&M) [3]. Selon la database Preqin, le Dry Powder des fonds de L&M a augmenté de façon importante au cours des cinq dernières années, de +13% par année, contre seulement 7% par an pour le MM. Cette constatation tendrait à montrer que les fonds actifs sur le MM sont en mesure de convertir le capital levé en investissements avec bien plus d’efficacité.

De manière générale, la levée de capital importante ne s’est pas traduite par une croissance comparable en termes du nombre de fonds, mais par une augmentation de la taille moyenne des fonds (de +70% sur 5 ans). Pour de nombreux fonds n’augmentant pas suffisamment la taille de leur équipe, la nécessité de déployer ce capital a inévitablement amené à une augmentation de la taille moyenne des transactions et un positionnent sur des sociétés à plus grande capitalisation. En parallèle à cela, la levée de capital des fonds de L&M a connu une forte croissance sur cinq ans (32% par année contre 9,5% par an pour le MM), représentant même 60% de la levée de capital totale en 2017. Cette hausse a notamment été alimentée par de nombreuses caisses de pension réinvestissant les distributions reçues ainsi que par les fonds souverains augmentant leur allocation aux marchés non cotés.

La résilience supérieure du Mid Market Buyout

A la lumière de ces observations, le MM apparaît comme un segment plus résilient dans sa capacité à déployer le capital et moins compétitif que le L&M. D’un point de vue structurel, ce segment se caractérise par une profondeur de marché plus importante, avec une multitude d’entreprises actives. A titre d’exemple, le marché du MM US représente plus 200.000 sociétés actives et environ 44,5 millions d’employés [4].  Bien que la performance des fonds actifs sur le L&M ait été solide au cours de la décennie passée, l’important afflux de capital sur cette tranche tendrait à diminuer les rendements futurs. La vigilance est donc clé, et un investisseur devrait considérer une diversification de ses positions en intégrant une allocation au Mid Market, tout en s’assurant d’un travail de Due Diligence approfondi.

* Cofondateur et associé directeur, Hermance Capital Partner

** Associé, Hermance Capital Partner


[1] Preqin, Private Capital 06/2018

[2] Preqin 06/ 2018, Private Equity (excl Infra, Private Debt, Natural Resources)

[3] Valeur d’entreprise entre 100 millions de dollars et un milliard et plus grand qu'un milliard respectivement.

[4] National Center for the Middle Market 1Q 2018 (entreprises avec un chiffre d’affaires annuel entre 10 millions de dollars et un milliard).






 
 

AGEFI




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