La formation, clé du succès contre la pénurie de main-d’oeuvre

jeudi, 23.08.2018

Pour Véronique Kämpfen, la formation, tant initiale que continue, est la clé du succès. Sans elle, les compétences ne pourront être à la hauteur des attentes des employeurs et le manque de candidats va s’accentuer, notamment dans les professions techniques.

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Au 1er juillet, l’obligation d’annonce des postes vacants a été mise en place en Suisse pour les genres de professions dont le taux de chômage dépasse 8% au niveau suisse. Actuellement, dix-neuf genres de professions sont concernés, parmi lesquels les aides agricoles, les plâtriers, les spécialistes en marketing et en relations publiques ou encore les acteurs. S’y trouvent également des métiers ayant trait à l’hôtellerie-restauration, comme le personnel de service ou de cuisine.

Cette semaine, Manpower a publié les résultats d’une large enquête montrant que 33% des entreprises suisses ont de la peine à recruter du personnel qualifié. Cette pénurie concerne une dizaine de professions parmi lesquelles le personnel administratif, les chauffeurs, les ingénieurs ou... le personnel dans l’hôtellerie-restauration. Il est étonnant de constater que les entreprises peinent à recruter dans un genre de profession où règne un fort taux de chômage. L’une des raisons est probablement que l’appellation «personnel dans l’hôtellerie-restauration» regroupe un nombre élevé de métiers qu’il faudrait analyser plus finement. Cela dit, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe peut-être une inadéquation entre les profils des personnes en recherche d’emploi et ceux recherchés par les entreprises. Elle peut être le fait d’un manque de compétences techniques (30% des cas selon Manpower), d’un manque d’expérience (17%) ou d’un manque de savoir-être (14%). Dans 29% des cas, l’étude montre un manque de candidats.

Au niveau global, la situation empire, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée s’élevant à 45%. La situation est contrastée dans les pays limitrophes de la Suisse. La France souffre moins de ce phénomène (29%), mais accuse en retour un pourcentage de chômage plus élevé (9,1%, contre 2,4% pour la Suisse), tout comme l’Italie, qui rencontre une pénurie de main-d’œuvre de 37%, avec un chômage à 10,9%. L’Autriche et l’Allemagne connaissent des taux de pénurie de travailleurs qualifiés de 46%, respectivement de 51%, alors que leurs taux de chômage s’élèvent à 6,9% et 3,4%. C’est l’une des conclusions de l’étude: plus le taux de chômage est bas et plus la pénurie de main-d’œuvre est élevée, le bassin de recrutement devenant, par la force des choses, plus étroit. La Suisse a longtemps compensé cette réalité en engageant au-delà de ses frontières.

Plusieurs mesures doivent être prises pour que la situation s’améliore. La formation, tant initiale que continue, est la clé du succès. Sans elle, les compétences ne pourront être à la hauteur des attentes des employeurs et le manque de candidats va s’accentuer, notamment dans les professions techniques. A cet égard, lier la pratique à la théorie est une excellente chose, cela permettant de juguler le manque d’expérience. Le savoir-être et les compétences transverses devenant de plus en plus importantes, il s’agit également de les entraîner. A l’ère de la numérisation et du service personnalisé, il n’est plus question de les taxer de parent pauvre de la formation et de l’éducation.

Une des bonnes nouvelles de cette étude est qu’au niveau global, les entreprises se tournent de plus en plus vers des profils atypiques et explorent de nouveaux viviers de talents. Elles soignent leurs avantages sociaux pour offrir de meilleures conditions de travail et ainsi développer leur marque employeur. L’autre nouvelle intéressante est que les PME ont moins de peine à recruter que les grandes entreprises. Plutôt positif dans un pays comme la Suisse qui est formé de plus de 99% de PME.

* FER






 
 

AGEFI



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