La folie des subventions à l’énergie

mardi, 12.11.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Le montant des subventions aux énergies dans le monde s’élevaient à pas moins de 5200 milliards de dollars en 2017, l’équivalent de 6,5% du PIB (produit intérieur brut) mondial, selon le Fonds monétaire international (FMI). Les subventions les plus élevées proviennent de la Chine avec 1400 milliards de dollars, et des Etats-Unis avec 650 milliards de dollars. La Russie, l’Union européenne, et l’Inde sont les trois suivants. Le charbon et l’énergie fossile bénéficient de 85% du total des subventions.

Le FMI analyse qu’aux prix de marché, les émissions de gaz à effet de serre aurait été diminué de 28%, et que la mortalité occasionnée par la pollution de l’air associée aurait été inférieure de près de 50%. En outre, les gouvernements auraient eu des revenus supérieurs de 3,8% du PIB. Le bénéfice net économique aurait atteint 1,7% du PIB mondial. 

Le prix du charbon est subventionné à hauteur de 44%, celui du pétrole à 41%, le prix du gaz naturel est minoré de 10% et celui de l’électricité de 4%. Il est évident que certains pays ont réellement besoin de soutenir les populations qui sont vulnérables économiquement parlant, mais il est normalement bien plus efficace de les soutenir directement plutôt qu’en exerçant une distorsion sur les prix des biens. Quand les prix reflètent les coûts de production, l’offre et la demande s’ajustent en fonction, et l’allocation des ressources dans l’économie qui en découle reflètent ces réalités. Quand l’Etat tente de contrôler les différents marchés, le bénéfice net pour la société est souvent négatif.

Au-delà des subventions en faveur de l’énergie, les mesures le plus souvent utilisées sont le contrôle des prix de certains produits et services (comme les loyers), les prix minima (salaires), les quotas de production (le lait dans l’Union européenne), et les soutiens aux prix (l’Etat achète le produit en question et fait ainsi grimper le prix, ou l’empêche de baisser). Tous ces modes d’intervention ont des «effets secondaires» qui peuvent même mitiger le bénéfice obtenu par la population que l’on cherche à protéger. Quand les loyers sont contrôlés, l’offre immobilière a tendance à diminuer, aggravant la situation initiale. Quand les salaires minima sont élevés, les personnes avec moins de qualifications et d’expériences (typiquement les jeunes) se trouvent souvent exclus du marché du travail. Quand on tente de protéger un secteur d’activité en difficulté, ce sont souvent les entreprises qui en retirent les bienfaits plutôt que les employés. Ainsi, il vaut mieux protéger directement la personne, au lieu d’avantager l’industrie ou le produit. 

En ce qui concerne les énergies fossiles, ces subventions ne représentent pas seulement une politique économique peu efficace - elles sont totalement injustifiables dans un monde où il est chaque jour plus qu’urgent de lutter contre le changement climatique.  «Comment osez-vous?», aurait encore pu  demander Greta Thunberg.  

En outre, comment ose-t-on encore allouer de tels montants dans ce sens quand seulement 4700 milliards de dollars (UNESCO, 2019) sont consacrés à l’éducation dans le monde? Rassurons-nous, le monde dépense plus pour la santé que pour les subventions de l’énergie fossile; 7500 milliards de dollars ou 10% du PIB mondial en 2016 (OMS), mais imaginons ce qui pourrait être fait dans ces domaines absolument cruciaux pour l’humanité si nous arrêtions de subventionner les 65% d’émissions d’oxyde de charbon que représente l’énergie fossile.  C’est bien cela qu’il faudrait oser.

" Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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