La flexibilité pour sauver le commerce stationnaire

mardi, 07.01.2020

Pour résister face à la concurrence de la vente en ligne, le commerce stationnaire doit devenir plus flexible. C'est ce qui ressort de l'étude annuelle "Retail Outlook 2020".

Les prix ont augmenté d'environ 0,3% en dépit d'une baisse des prix à l'importation des denrées alimentaires. (Keystone)

La situation du commerce de détail reste difficile en Suisse. Les ventes ont stagné l'année dernière, face à la concurrence de la vente en ligne et du tourisme d'achat. Pour résister, le commerce stationnaire doit devenir plus flexible, estiment mardi Credit Suisse et Fuhrer & Hotz dans leur étude annuelle "Retail Outlook 2020".

La majorité des commerçants et fabricants interrogés par Credit Suisse ont été en mesure de réaliser leurs objectifs l'année dernière, avec un succès plus marqué dans le secteur alimentaire. Celui-ci a enregistré une progression de 0,5% des chiffres d'affaires nominaux en 2019.

Les prix ont augmenté d'environ 0,3% en dépit d'une baisse des prix à l'importation des denrées alimentaires. "Il s'agit d'une évolution positive pour les détaillants alimentaires, puisque les marges se sont sans doute un peu accrues alors que les coûts n'ont pas bougé", écrivent les spécialistes.

Les discounters Denner, Aldi et Lidl ont joué un rôle moteur, tout comme la multiplication des magasins de proximité et boutiques de stations-services. En dix ans, les chiffres d'affaires de ces surfaces, plus petites et aux horaires plus flexibles, ont bondi de plus de 36%.

La situation est restée difficile dans le non-alimentaire, dans lequel les ventes se sont tassées sur un an (-0,3%). Ce secteur paie les pots cassés du segment vêtements et chaussures, en "pleine mutation structurelle".

Les chiffres d'affaires nominaux y ont reculé de 4,5%. Dans le même temps, les prix ont augmenté d'environ 2,1%. Les chiffres d'affaires réels ont par conséquent diminué de 6,7%. La situation a été plus positive dans les segments bricolage, soins personnels et santé ainsi que les loisirs, tandis que les ventes ont stagné dans les biens ménagers et l'habitat.

En dépit de ce tableau en demi-teinte, la situation sur le front de l'emploi s'est stabilisée. "Après un repli constant du nombre de postes équivalents plein-temps depuis 2015, la tendance baissière s'est enfin interrompue en 2019", se réjouissent les spécialistes.

Les achats transfrontaliers continuent de peser. En plus du renchérissement du franc par rapport à l'euro, les écarts de prix (cours de change compris) pour un panier moyen restent élevés. En 2019, les Suisses payaient 48% de plus que les Allemands, et respectivement 41% et 42% de plus que les Français et les Italiens.

De son côté, le e-commerce poursuit son essor, avec un chiffre d'affaires presque doublé en dix ans, atteignant 9,5 milliards de francs en 2018. Les acteurs étrangers pèsent pour 20% du marché et Zalando pèse à lui seul pour 44% du total généré par ceux-ci. En 2019, le berlinois devrait passer la barre des 900 millions de francs de ventes.

Le commerce stationnaire souffre

La baisse de la demande pour les surfaces de vente se fait sentir, les points de vente diminuent et le taux de vacance augmente. Le repli structurel des points de vente est "surtout perceptible dans les communes touristiques (-8,7%), les centres (-6,0%) et les communes à revenus élevés (-4,7%)".

"Seules 20% des surfaces proposées en cas d'utilisation mixte sont de nouveau louées à des détaillants", écrivent les auteurs de l'étude. Ainsi, les boutiques sont souvent remplacées par des restaurants, salons de coiffure, instituts de beauté ou bureaux.

"La menace d'un cercle vicieux plane", écrit Credit Suisse. Avec la baisse de la densité de l'offre, la fréquentation décline également, fragilisant encore plus les points de vente subsistants et compliquant la location des surfaces inoccupées. Cela entraîne une chute de la qualité des localisations concernées.

Les auteurs de l'étude identifient toutefois des solutions, à travers des surfaces de vente "flexibles et innovantes", qui permettraient de "se démarquer de l'e-commerce". Concrètement, il s'agit de surfaces louées à des conditions de location flexibles, à l'instar des shop-in-shop, où une partie de la surface est sous-louée ou des pop-up stores, des magasins temporaires.

"Les annonces proposant des surfaces de vente flexibles ont plus que doublé ces trois dernières années", relèvent les auteurs. Les surfaces proposées en tant que concept pop-up ou autres formes flexibles représentent ainsi une part de plus en plus importante de l'offre totale.

Pour 2020, les perspectives restent timides. Alors que les incertitudes géopolitiques devraient persister, ce seront essentiellement la progression démographique (prévision de +0,9%) et la légère augmentation du pouvoir d'achat qui soutiendront la croissance.

Les chiffres d'affaires nominaux du commerce de détail devraient croître de 0,4%. L'alimentaire (+0,8%) devrait inscrire une croissance cette année tandis qu'un repli est escompté dans le non-alimentaire (-0,2%), en raison du commerce stationnaire de vêtements et de chaussures (-5,0%). Les prix sont attendus en hausse de 0,3%. (awp)






 
 

AGEFI




...