La flexibilité est l’un des moteurs de la croissance

jeudi, 25.10.2018

Claudine Amstein*

Claudine Amstein

La Suisse aura connu cette année une expansion que l’on n’avait plus vue depuis longtemps. Avec une hausse du PIB frisant les 3%, l’économie du pays atteindra un sommet. Comment s’annonce la redescente? La réponse à cette question est capitale.

Plusieurs facteurs expliquent ce cru 2018 exceptionnel. Tout d’abord, l’année qui va s’achever a encore bénéficié des efforts d’adaptation entrepris par notre industrie exportatrice après l’abandon du taux plancher, en janvier 2015. Les carnets de commande remplis, la production a tourné à plein régime et l’exportation, moteur majeur de notre économie, a enregistré d’excellents résultats.

La période de relative dépréciation du franc suisse, qui se sera étalée sur dix-huit mois, a favorisé cet essor. L’effet a été d’autant plus bénéfique qu’il était inattendu, offrant un bonus d’investissement aux entrepreneurs. D’autres éléments conjoncturels ont orienté le produit intérieur brut suisse à la hausse, comme la tenue des Jeux olympiques d’hiver et de la Coupe du monde de football, via les produits de licence et de droits relatifs aux institutions dont le siège se trouve chez nous. Cet impact positif est souvent sous-estimé, même dans un canton qui héberge quantité de fédérations internationales et le siège du CIO. Le PIB vaudois est d’ailleurs attendu en progression de 3,3% cette année, selon les dernières prévisions calculées par le CREA et publiées par la BCV, l’Etat de Vaud et la CVCI.

Le commerce de détail a lui aussi connu une année positive, de justesse. C’est dire. Mais lorsque le ciel est dégagé, la grisaille n’est jamais loin. Si les économistes s’attendent encore à une croissance solide, quelques signaux doivent nous alerter. Le secteur de la construction va connaître un ralentissement, c’est une certitude. Le solde migratoire fléchit, l’offre en matière de logement atteint un seuil que la demande en locaux commerciaux et industriels, ainsi qu’en équipements d’infrastructure, ne saurait compenser.

La consommation privée, de son côté, ne soutiendra que modestement la croissance, et cela pour trois raisons. Primo, dans la situation de quasi plein emploi que nous connaissons, on privilégie le long terme, qui tempère la hausse de salaires déjà comparativement élevés. Deuxièmement, le virage numérique qu’entreprend l’économie génère des investissements dans ce domaine et, conséquemment, une prudence sur les charges de personnel. Enfin, l’inflation, quoique modeste en termes absolus, de même qu’une fiscalité individuelle qui ne baisse pas, ne favorisent guère l’augmentation du pouvoir d’achat.

Un quatrième facteur, aux contours plus flous, s’insinue sournoisement. Les récents hoquets de la Bourse l’ont montré, une inquiétude sourde monte sur la planète, autour des conflits commerciaux entre grandes puissances. Leur impact économique effectif est encore difficile à estimer, mais cette incertitude va peser autant sur le moral des entreprises que sur celui des ménages. Et son effet sur le franc suisse est hélas bien connu.

La croissance réjouissante que nous venons de connaître a valeur de leçon. Une fois encore, les entreprises suisses ont démontré leur capacité de réaction et leur agilité, dans un contexte parfois difficile. La flexibilité reste l’atout gagnant, le levier décisif qui permet notre vitalité économique. Attachons-nous à en adapter les contours aux réalités structurelles et conjoncturelles à venir, et à ne pas la menacer à coup d’initiatives inopportunes. Comme celle qui prétend préserver notre «auto-détermination» tout en nous coupant de nos partenaires commerciaux.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie






 
 

AGEFI



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