La finance durable, un atout stratégique pour Genève et la place financière suisse

jeudi, 10.10.2019

Philippe Braillard*

Philippe Braillard

La finance durable est au cœur d’un événement de grande importance cette semaine à Genève. Dans le cadre de diverses conférences et de rencontres, de nombreux acteurs (représentants d’organisations internationales intergouvernementales et non gouvernementales, responsables politiques, représentants d’associations et de fondations, investisseurs privés et institutionnels, experts et chercheurs) débattent afin de favoriser des stratégies et solutions permettant d’assurer, grâce à la finance et à l’investissement, un développement durable.

Il convient d’insister ici sur trois aspects: la réalité que désigne ce concept de finance durable, les objectifs et les motivations des acteurs et enfin l’enjeu stratégique essentiel que représente la finance durable pour la place financière suisse et en particulier pour l’écosystème financier et international de Genève. 

La finance durable recouvre les décisions de financement ou d’investissement des acteurs financiers qui ont pour critère le développement durable ou, en d’autres termes, qui visent à générer un rendement écologique et social et non seulement un rendement financier. Elle relève d’une approche qui se veut à long terme et qui est fondée sur des critères environnementaux, sociétaux et liés à la gouvernance (critères ESG). Elle cherche à concrétiser par l’action les principes et engagements adoptés par la communauté internationale, que ce soit les 17 objectifs de développement durable et l’Agenda 2030 de l’ONU ou l’Accord de Paris sur le climat.

Plusieurs approches peuvent être adoptées par les acteurs dans leurs stratégies d’investissement durable: cela va de l’exclusion ou de la sélection des investissements en fonction des critères ESG à l’engagement actionnarial des investisseurs sur la base de ces mêmes critères, ou encore à l’investissement d’impact, qui prend comme critère de choix pour l’investissement le modèle d’affaires des entreprises et son impact écologique et social. 

On a parfois reproché à la finance durable d’être un effet de mode, un argument marketing, de répondre à un souci d’image des investisseurs. Bien que ces motivations puissent être parfois présentes, ce serait faire un procès d’intention à ces acteurs que de leur dénier une véritable conviction de l’importance des investissements durables pour notre planète et son avenir. Cela d’autant plus que la durabilité influence directement la performance économique d’une entreprise et que la prise en compte des défis écologiques actuels est susceptible de réduire les risques pour les investisseurs.

Enfin, la place financière suisse possède de nombreux atouts en matière de finance durable qu’elle se doit de faire valoir et reconnaître. Elle bénéficie notamment d’une incontestable expérience et d’une grande qualité de services. Sa compétitivité devrait toutefois être encore renforcée par l’instauration de conditions-cadres optimales, notamment la suppression du droit de timbre pour les placements remplissant les critères de durabilité ainsi que l’élimination des obstacles à l’investissement durable pour les institutions de prévoyance. Quant à Genève, en raison de son exceptionnel écosystème rassemblant les acteurs financiers, les organisations internationales et les institutions académiques de premier plan, elle est parfaitement légitime pour exercer un leadership au service de l’investissement durable.

* Professeur honoraire, Université de Genève






 
 

AGEFI




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