La Fed sera expansionniste pour longtemps

mardi, 28.04.2020

Arthur Jurus*

Arthur Jurus. L’absence d’annonce mercredi soir ne saura ainsi dissimuler l’expansionnisme monétaire déjà très avéré de la Réserve fédérale américaine.

Nous n’attendons pas de mesures d’ampleur ce mercredi car la Réserve fédérale (Fed) a changé son mode opératoire. Les annonces se font désormais au fil de l’eau pour être plus réactive face à l’urgence. Depuis le 15 mars, et la baisse préemptive de son taux directeur, la Fed s’est affranchie du calendrier ordinaire des réunions de politiques monétaires. L’extension des prêts aux collectivités locales à hauteur de 500 milliards de dollars ce lundi en est un nouvel exemple. Il ne faut donc plus s’attendre à des surprises lors des réunions de la Fed. Celles-ci adviennent dorénavant en continu.

Mais qu’attendre d’une politique monétaire qui réagit en temps réel ? La panoplie d’outils monétaires déployés ces 40 derniers jours est sans commune mesure avec la dernière décennie. Premièrement, la Réserve fédérale a diminué son taux de 100 points de base, puis a relancé ses rachats d’actifs pour les rendre illimités, avant de les étendre au secteur privé. Deuxièmement, les achats de papiers commerciaux, de dettes d’entreprises et d’ETFs ont intégré l’arsenal de mesures non-conventionnelles de la Fed. Enfin, elle effectue des injections massives de liquidités depuis septembre, pour maintenir le marché interbancaire sous perfusion.

Les marges de manœuvre de la Fed sont toujours importantes

Cet arsenal de nouvelles mesures monétaires n’est pas excessif au regard de la conjoncture. D’une part, la multiplicité des types d’instruments achetés, plus importante qu’en Europe, est adaptée. L’activité américaine se finance majoritairement par les marchés de capitaux, a contrario des économies européennes davantage tributaires de la dette bancaire. D’autre part, la part du bilan de la Fed représente 20% de son PIB : une proportion limitée face aux 40% de la BCE et aux 120% de la BNS.

Trois mesures pourraient ainsi être renforcées au cours des prochaines semaines. La première serait d’étendre le programme d’aide au crédit (TALF), afin de soutenir les prêts d’entreprises et de particuliers, notamment les crédits immobiliers commerciaux, les prêts étudiants, les crédits automobiles et les prêts à la consommation. La seconde mesure serait d’élargir la liste des institutions financières éligibles aux programmes de prêts de liquidités. Actuellement, seulement celles qui peuvent souscrire aux opérations de refinancement de la Fed sont acceptées, pas les hedge fund. Enfin, une troisième mesure concernait le retour de la TAF (Term Auction Facility) : un mécanisme d’enchères pour obtenir des liquidités en contrepartie d’un plus large éventail d’actifs. Celui-ci avait été activé entre 2007 et 2010, et permettrait d’éviter de nouvelles tensions sur les marchés des financements bancaires non garantis.

Cibler les taux de long-terme serait plus probable qu’un taux négatif

Enfin, la Réserve fédérale semble exclure le recours à des taux négatifs. Les décideurs de la Fed ont jusqu’à présent évoqué leur méfiance sur l’efficacité d’instaurer un taux directeur négatif, à l’instar de la BCE ou de la BNS. L’expérience européenne n’a pas convaincu outre-Atlantique, en raison de son impact négatif sur les banques commerciales. Si la Réserve fédérale cherchait de nouvelles marges de manœuvre sur les taux, sa préférence irait probablement à abaisser le taux de long-terme, en s’inspirant de l’expérience japonaise. L’objectif serait alors un niveau de taux d’intérêt faible ou nul pour les maturités de 5 ans ou 10 ans, afin de soutenir l’économie et favoriser le financement de la dette fédérale. Une telle décision ne serait pas inédite : les taux de long-terme avaient déjà été plafonnés à hauteur de 2,5%…en 1942.

La proactivité de la Fed se poursuivra pour longtemps et sans à-coup. Le tempo a changé et les banques centrales réagissent désormais en temps réel. L’absence d’annonce mercredi soir ne saura ainsi dissimuler l’expansionnisme monétaire déjà très avéré de la Réserve fédérale américaine.

* Chef économiste Landolt & Cie






 
 

AGEFI



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